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Bien bouffer, art universel.

Avis sur Les Délices de Tokyo

Avatar Petitbarbu
Critique publiée par le

Pour écouter entre tradition et modernité je te propose cette belle pièce de musique du groupe Wagakki Band.

Donc j'étais dans le train. Oui, je reprends le train, grand fou que je suis mais que veux-tu un vilain accident m'a privé de ma bagnole chérie.
Comment ça aucun rapport avec le film ?
Non, mais si attends, attends je te dis. Je me remets doucement à l'écriture après six mois, tu peux me passer l'envie compulsive de parler un peu de moi, non ?

Donc je suis dans l'train, je sors ma tablette et je regarde le film (j'écourte, c'était surtout pour parler des conditions dans lesquelles j'ai vu An parce que ça joue toujours sur l'appréciation que l'on a d'un film). Un peu par défaut je tombe sur ce film téléchargé quelque temps avant la chute d'un très bon site français de téléchargement pas très légal et je le lance distraitement, bien décidé à passer le temps.

De Naomi Kawase je ne connaissais rien, aucune œuvre et je dois dire que ce film est à mon sens une excellente porte d'entrée dans son univers. La réalisatrice de Still the Water, Suzaku et Sharasojyu (qui sont les trois films de la dame qui me tentent maintenant) propose ici un film qui, tout baigné d'une ambiance typiquement japonaise dont il se pare (les cerisiers en fleurs, les doriyakis, les rapports sociaux), parvient à parler à l'âme de chacun. Le drame humain se jouant ici est celui de l'exclusion, de la crainte mais aussi une ode à la reconstruction et aux rapports humains. Ici point de mélodrame lourd mais au contraire une légèreté de chaque instant. La thématique du deuil, abordé au long de ce métrage est prétexte à un renouveau. Il s'agira ici pour nos protagonistes de s'accomplir, de trouver leur voie dans un monde qui les a laissés au bord de la route.

Las, un homme entre deux âges travaille dans un stand de Dorayaki - par ailleurs les Dorayaki c'est délicieux - positionné sur le chemin d'un lycée dans une rue bordée de cerisiers en fleur. Sentaro cuisine sans entrain pour des lycéennes bruyantes et semble enfermé dans un morne quotidien. Mais une vieille dame de 76 ans aux mains déformées viendra - en se faisant embaucher en tant qu'aide cuisinière - chambouler son quotidien. C'est l'histoire croisée de trois destins de parias, la jeune Wakana, Sentaro et la vieille Tokue.

Si le film sait se poser sur de très beaux plans fixes d'excellente composition c'est la légèreté qui prime dans un film qui commence comme un feelgood movie. Tout dans le film évite une pesanteur malvenue pour nous entraîner dans cette épopée culinaire sur fond poétique et laisser poindre l'espoir même dans les moments les plus tragiques. Le deuil et son acceptation en toile de fond, la réalisatrice semble ici dénoncer - à travers des personnages parfois caricaturaux - l'exclusion et la mise au ban d'individus par une société qui exclue et broie ceux qui ne se conforment pas. Ceux-là qui alors apprécient la beauté du monde, les instants où ils peuvent "vivre au soleil", la lune au dessus des arbres. La maladie, la pauvreté, un passé tourmenté que l'on devine, tout cela s'efface autour de la nourriture lorsque, enfin, pour un court instant, les gens bruissent et s'agitent autour de ceux qui étaient condamnés à vivre à l'écart.

Un film porteur de valeur universelle malgré une amertume que l'on sent poindre en sous-texte. Et je ne nierai pas que j'ai pleuré comme une madeleine que je suis. Dans un train ... avec des gens qui me regardaient comme une sorte d'alien.

sob.

Post - scriptoum : j'oubliais l'hommage qu'il faut rendre à Kirin Kiki et Masatoshi Nagase (respectivement Tokue et Sentaro) pour leur prestation, un véritable tour de force de sincérité qui contribue grandement à l'attachement que l'on éprouve directement pour les personnages.

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