Il y a une notion que j'apprécie tout particulièrement dans ce film et qui semble, fort malheureusement, appartenir à un autre temps : Il faut du temps pour faire les choses bien.
Nous sommes dans une époque où tout va de plus en plus vite, mais je ne vous apprends rien et je ne suis pas là pour changer le monde. Mais voir la "vielle" Tokue (Interprété avec brio par Kirin Kiki) prendre des heures et des heures à préparer de la pâtisserie, en laissant le temps aux haricots de reposer, en les écoutant, en les cajolant, le tout sous les yeux de son patron qui est totalement embourber dans un travail (et au final dans une vie) qu'il n'a pas choisi et qui se décompose en regardant tourner l'horloge, est une de ces situations à la fois drôle dans la forme et dramatique dans le fond que j'apprécie énormément.
Et la mise en scène de Naomi Kawase est elle aussi en phase avec cette philosophie. Elle prend le temps d'exposer la situation, avec de longs plans, un rythme mesuré mais dans l'ensemble assez lent ; le tout "sublimé" par la très belle photographie de Shigeki Akiyama et aidé par le contexte des cerisiers en fleurs et de la nature calme des lieux.
Tout ceci paraît un cadre bien idyllique, c'est pourtant bien d'un drame qu'il s'agit et c'est tout le talent de Kawase d'avoir su mêler les deux côté de la médaille…
Tout du moins pour la première partie du film. En effet, à partir de la crise centrale, le film plonge dans un mélodrame un poil trop larmoyant et ceci, selon moi, pour une raison : Les deux personnages que nous suivons à partir du milieu du film ne sont pas assez familier au spectateur. Le patron, bien que ce soit bel et bien son histoire qui est raconté, nous est un grand mystère tout au long du film et ne se livre que très peu et par petites touches. Quant à la jeune fille, on ne la voie que trop rarement et son rôle est un peu trop à part dans la narration.
L'histoire n'aurait forcément pas été la même sans cette crise centrale, mais celle-ci est maladroitement menée. Les personnages étant très déséquilibrés, il en faut peu pour que la balance ne fasse plus l'affaire. Un choix narratif que je trouve plutôt malhabile et qui aurait demandé de bien meilleurs personnages dans l'ensemble.
C'est vraiment dommage car il en aurait fallu de peu que ce film devienne un chef-d'œuvre intemporel. Son côté justement un peu hors du temps, apaisé, beau et poétique en font un film vraiment très agréable, qui se montre drôle quand il le faut et sait nous rendre émotifs.
Mais comme je le disais en introduction, 'Les délices de Tokyo" est aussi, et surtout (selon moi), une belle leçon de vie ; et rien que pour ça, il vaut vraiment le coup d'œil.
A voir.