Le château de la peur

Avis sur Les Diaboliques

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« Les Diaboliques » est un film d’Henri-Georges Clouzot, sorti en 1955, adapté du roman « Celle qui n’était plus » de Pierre Boileau et Thomas Narcejac. L’histoire raconte que le réalisateur français coiffa Alfred Hitchcock au poteau au moment d’acquérir les droits d’adapter l’œuvre littéraire. Les deux auteurs écrivirent alors « D’entre les morts », qui donna « Vertigo » en 1958.

Dans un charmant pensionnat de province pour garçons fortunés, un directeur tyrannique fait régner la peur aussi bien chez ses élèves que dans son équipe d’enseignants. Parmi ceux-ci, sa femme, originaire du Venezuela, et sa maîtresse, de Niort, qui entretiennent curieusement une certaine amitié. Excédées, épuisées et terrifiées par l’attitude odieuse et de plus en plus violente de leur homme, les deux femmes, à bout, décident de s'en débarrasser.

« Les Diaboliques » est un thriller à dimension psychologique qui fait évoluer un couple de personnages dans une ambiance sombre et angoissante. Avec une habileté certaine, Henri-Georges Clouzot justifie son surnom de "Hitchcock français", excellant particulièrement dans l’art délicat de maintenir une tension permanente, et de conserver un suspense haletant durant tout le film.

La réussite du film réside, ostensiblement, dans l’atmosphère pesante et unique que le réalisateur crée. Celle-ci est supportée par des décors inquiétants (un immense château lugubre aux longs couloirs et aux ombres angoissantes) et par un noir et blanc très contrasté – et, lourd de symbolique – qui donne de l’épaisseur aux silhouettes. Clouzot exploite également avec habileté la caractéristique du personnage principal pour faire monter en parallèle la tension chez le spectateur. Il y a également toute une thématique religieuse de la damnation ou du péché qui contribue à servir la descente aux enfers des figures centrales.

Dans le casting se côtoient des habitués de Clouzot (Noël Roquevert, Pierre Larquey), et des nouveaux venus : Paul Meurisse, Simone Signoret et Vera Clouzot. Cette dernière, qui a d’ailleurs un peu un air de Greta Garbo, était la compagne de l’un des acteurs de « Quai des Orfèvres », Léo Lapara. Son réalisateur lui la pique et ils convolent en noces ; elle tournera ses trois uniques films avec le bon Henri-Georges avant de décéder d’une crise cardiaque peu après avoir terminé « La Vérité ».

Du coup, le film manque un peu d’un interprète de génie, comme Pierre Fresnay dans « Le Corbeau » ou « L’Assassin habite au 21 ». Noël Roquevert et Pierre Larquey sont assez savoureux, comme d’habitude, et restent assez fidèles à leurs personnages habituels. Le souci vient surtout de Simone Signoret, dont la performance est parfois un peu détachée, impersonnelle. Vera Clouzot, en revanche, compose un personnage intéressant, en proie à ses démons, et, si l’on passe outre quelques passages moyens, propose un jeu tout à fait correct.

« Les Diaboliques » est une œuvre de Clouzot d’une grande qualité, qui reprend ses thématiques usuelles (tension, suspense) jusqu’à un final parfaitement maîtrisé. Si le film ne dispose d’aucun acteur de génie, capable de crever l’écran et de livrer une prestation magistrale, il compense avec son atmosphère parfaite et angoissante.

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