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Avis sur Les Dix Commandements

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10 commandements: Cecil B. DeMille ne s'est pas foulé. En 3h40 -4h20 avec la présentation par Cecil himself - on aurait pu nous en mettre une bonne vingtaine. Heureusement, il y a les dix plaies d'Egypte en bonus....mais il ne nous montre que la 1ère et la dernière et ne fait qu'évoquer brièvement une partie des autres. Et c'est tant mieux, parce que montrer la malédiction des 1ers nés comme un brouillard gris que les protagonistes regardent passer sur leurs pieds, c'est un peu ridicule. Il aurait pu traiter ça comme un film d'horreur: des gens terrorisés massés dans des pièces qui ne voient rien mais entendent les cris des victimes et refusent par peur d'ouvrir à ceux qui frappent à leur porte.....Mais qui suis-je moi, pour donner des leçons au grand Cecil B. DeMille?

Cette histoire d'Exode est un épisode fondateur du peuple hébreux, plus encore qu'Abraham et ses fils Israël et Ismaël. Alors prudence, faut pas déconner avec ça.

La bible s'est constituée par l'amalgame (désolé) de nombreuses histoires et légendes de toutes origines et époques. Plusieurs histoires bibliques se trouvaient déjà sur les tablettes sumériennes (Jonas, Noé, etc...). Si ces histoires ont été transcrites dès les débuts de l'écriture, il n'est pas interdit de penser qu'elles circulaient oralement avant. On trouve par exemple des histoires relatives au déluge partout sur la planète. Bien sur, il y a eu des inondations et des tsunamis un peu partout, mais en 1998, Ryan et Pitman formulent une nouvelle hypothèse. La montée des eaux des mers, il y a 7500 ans aurait permis à la Méditerranée de passer par dessus un seuil et de noyer d'un coup sous 150 m d'eau toute la région autour de la mer Noire. Les récits se seraient romancés, adaptés à différentes cultures, auraient circulé partout avec les migrations des peuples et se seraient transmis jusqu'à l'invention de l'écriture? Pourquoi ne pas imaginer la transmission d'histoires beaucoup plus anciennes?

Homo sapiens aurait traversé la mer rouge par le détroit de Bab el Mandeb, il y a 70 000 ans, à une époque où la mer était beaucoup plus basse. Le passage était bien moins large qu'aujourd'hui et à gué ou presque. Il se serait ensuite installé dans quelques vallées verdoyantes de l'Est de la péninsule arabique avant de trouver le moyen de traverser le désert. Une épopée qui a dû marquer de nombreuses générations, un peu comme si nous partions nous installer sur une autre planète. Mais la transmission orale peut-elle perdurer si longtemps? Même si d'autres vagues ont pu suivre pendant des dizaines de milliers d'années et entretenir le mythe? Si l'homme ne connaissait pas l'écriture, il avait déjà la langue bien pendue (si je t'en parle, c'est que je t'en cause).

Si je fais cette digression, c'est qu'il n'existe aucune trace historique de l'exode du peuple hébreux. Il est étonnant qu'on en trouve pas mention dans les textes égyptiens. La seule correspondance qu'on pourrait trouver serait un général hébreux à l'époque d'Aménophis III, père d'Aménophis IV, alias Akhenaton. Mais ce général est mort en Egypte, honoré.
Cependant, si l'on tient à relier cette histoire à l'Histoire égyptienne, Aménophis III est une bien meilleure piste que Ramsès II. Le pharaon qui chasse Moïse d'Egypte, puis le laisse revenir à sa cour présenter ses exigences et proférer des menaces est un faible: ce ne peut être Ramsès II. Aménophis III, au contraire est le pharaon qui a introduit la religion d'Aton dont son fils, Akhenaton a fait la religion d'état. Il s'agit du premier monothéisme connu.

Mais revenons au film.
Dans sa présentation, DeMille prétend combler les vides du texte biblique et rétablir l'histoire. Pour cela, il se réfère à Philon d'Alexandrie et à Flavius Josèphe qui, pense-t-il auraient détenu des documents aujourd'hui perdus. Les auraient-il retrouvés? Dommage, en bons spectateurs, nous étions prêts à accepter une fiction assumée. Mais il n'hésite pas à attribuer la victoire de Qadesh à Moïse alors qu'on est certain que Ramsès était à la tête des troupes de son père (victoire d'ailleurs plus qu'incertaine puisque les égyptiens sont rentrés chez eux et que les hittites fêtaient aussi la victoire). Il invente aussi une idylle entre Moïse et Néfertari (et Giscard a pécho Lady Di).
La représentation de l'Egypte est ce qu'elle est: kitch! Mais Cecil B. DeMille trouve le moyen d'introduire des symboles maçonniques dans le palais de Pharaon. Le jeu des acteurs est outré, proche du ridicule devant des décors plats.
Lorsque Moïse monte au sommet du Sinaï, il y trouve un buisson ardent (probablement un pied de cannabis). Il trouve l'inspiration et Charlton Heston devient grandiloquent.

Alors pourquoi tout ce déploiement pompeux, cette fiction dans un cadre biblique pseudo-historique? DeMille l'explique dans son préambule: « Un homme doit-il être régi par la loi divine ou celle d'un pouvoir temporel incarné par un dictateur capricieux tel Ramsès II ? " Bravo Cecil!

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