Super Serrault

Avis sur Les Fantômes du chapelier

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- "Enfile un anorak mon grand, on retourne en Bretagne " m'intime tonton Claude.
- "Pourquoi ça ?!" clame-je interloqué. "J'suis bien ici en Enfer avec Nelly !"
- "Laisse-là tranquille la môme, tu vois bien qu'elle est chamboulée ! Tu connais Concarneau ? Tu connais Serrault ? Tu sais que j'en ai fait un tueur en série en 82 dans "Les Fantômes Du Chapelier" ?"
- "Serrault j'le connais bien sûr mais pour le reste, j'en sais qu'dalle !"
- "Alors suis-moi, j'vais te gâter !" me dit-il dans une franche accolade.
Privilégiant mon initiation, j'abandonnais donc ici Nelly, noyant ses yeux bleus sous des rideaux de larmes...

L'hiver est humide à Concarneau, ses rues pavées et étroites, une ville un brin gothique, hors du temps comme coincée entre les années 30 et 50. On y croise des tractions avants, des flics hirondelles, des vendeurs de journaux à la criée et pas mal de notables : sénateur, médecin, commissaire, journaliste (oh putain ! Cluzet !)... Ces bourgeois se réunissent à chaque fin de journée dans une sorte de house-club où l'on joue aux cartes ou au billard et surtout pour tiser entre gentlemen.
Parmi eux, il y a Léon Labbé, le chapelier de Concarneau, toujours tiré à 4 épingles : costard 3 pièces, manteau en col de vison et une fine moustache taillée comme un bonsaï.
Quand il déboule et bien qu'ils ne semblent pas se connaître, il est toujours suivi par Kashoudas le tailleur arménien, père d'une ribambelle de mômes, un p'tit mec chétif avec une gueule de chien battu et vêtu de fripes. Ce gars avare en paroles et trop poli fait tâche dans le décor mais heureusement il est très discret.
Ils se connaissent pourtant bien les deux gus ! Tonton Claude m'a tout montré !

Sous son chapeau, Léon Labbé cache un ciboulot dérangé car son hobby c'est étrangler au fil de fer des dames dans les ténébreuses rues concarnoises. Il est méchant Labbé, tyrannique avec son personnel, ironique, pédant, machiavélique...un sale type.
Il fait croire à tout le monde que son infirme de femme reste cloîtrée dans sa chambre à l'étage. En fait, ça fait un bail qu'il l'a zigouillé !
Ses meurtres il les revendique par lettres anonymes que lui relis le journaleux du troquet. Il prend son pied à les écouter déblatérer et flipper sur cet odieux assassin aux crimes sordides.
Mais Kashoudas connait tout du manège de Labbé. Il a même assisté à ses dernières escapades meurtrières. Le chapelier jouit de savoir qu'un témoin assiste à son œuvre morbide mais Kashoudas ne moufte pas et c'est trop tard, sa couardise lui fait porter le chapeau de la complicité...

Serrault à l'empreinte vocale immédiatement identifiable et aux mimiques uniques est grandiose, en roue libre dans l'unique premier rôle du film, il frôle le one-man show ! Son interprétation de Labbé qui glisse vers une sourde folie est un régal à chacune de ses répliques ou de ses monologues.

- "Alors mon grand ? Ça t'a plu ?"
- "Ah ouais tonton ! Hé dis-donc, tu m'as l'air balèze pour les fins de tes films toi ! Et pis, tu serais pas un peu pervers à faire autant souffrir tes persos ?
- "Pourquoi ça te choque mon garçon ? Tu veux que j'te dépose chez Zidi ?"
- "Non, non merci ! Je suis bien avec toi et je suis certain que tu as encore plein de trucs fascinants à me montrer."
- "T'es mignon mon grand mais tu verras qu'il m'est arrivé de chier dans la colle !"
- "Rien de nauséabond jusque là. Enfin...C'est quand qu'on va où ?"

Mon humble cycle consacré à Chabrol est par ici : http://www.senscritique.com/liste/Tonton_Claude/395073

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