Le vers est dans la pomme.

Avis sur Les Lois de l'attraction

Avatar Gand-Alf
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Si Stanley Kubrick avait donné de son vivant dans le teen-movie, nul doute que le résultat ne serait pas très éloigné de cette adaptation du roman controversé de Bret Easton Ellis, second film de Roger Avary, presque dix ans après son délirant "Killing Zoe". On retrouve effectivement la même ambiance froide et clinique, presque désincarnée, des films du papa de Spartacus, en plus de cette vision pessimiste et fantasmagorique de l'espèce humaine.

Tout en respectant quasiment à la lettre les codes du campus-movie (fêtes, romances, plans cul, délires potaches...), Avary les détourne sans vergogne, les brise, les malaxe pour ensuite les jeter dans un gigantesque mixeur et en sortir un objet cinématographique complètement dingue et foutrement désespérant, le genre de péloche que l'on vénère ou que l'on conchie, mais qui ne laisse en aucun cas de marbre.

Jouant superbement avec l'image immaculée de son casting issu principalement de la télévision américaine, Roger Avary offre une vision déformée et cauchemardesque d'une jeunesse incapable de se prendre en charge, nymphes et apollons prisonniers de leurs pulsions et de leur absence de véritables sentiments, évoluant dans un microcosme décadent où la luxure et le stupre règnent en maîtres au détriment des âmes les plus faibles et innocentes, qui ne pourront que se brûler les ailes comme en témoigne une scène de suicide comptant parmi les séquences les plus insoutenables du septième art. N'espérez d'ailleurs aucunement l'aide des rares adultes hantant le film, ces derniers s'avérant encore plus schizophrènes que leurs rejetons.

Triturant l'image et le son jusqu'à l'implosion, Avary fait preuve d'une maîtrise incroyable de la mise en scène et de la narration, offrant de purs moments de cinéma (le splitscreen qui se transforme en un seul plan), capable de poser les enjeux et de croquer ses personnages principaux en une seule intro d'un quart d'heure, enfantant un grand film malade parfaitement respectueux de l'oeuvre originale et portée par le score hypnotique de Tomandandy et par un casting impeccable dont on retiendra surtout le regard de prédateur d'un James Van Der Beek magistral et bien loin de "Dawson's creek", la fraîcheur du jeu de Shannyn Sossamon et la délicatesse incroyablement sexuelle de Ian Sommerhalder.

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