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Avis sur Les Nuits blanches

Avatar Motherfuck
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Les nuits blanches c'est une belle histoire de friendzone. Adaptation d'une nouvelle de Dostoïevski que n'ai pas lu, Visconti nous embarque dans un moment de vie d'un jeune employé de banque, Mario, esseulé dans Livourne, lequel tombe sous le charme pourtant discret d'une jeune femme quelconque, Natalia. C'est un coup de foudre miraculeux, parce que la triste Natalia est doucereuse et vide, mais enfin, on peut aussi s'enticher d'une fille doucereuse et vide quant on se languit dans Livourne.

Le pauvre Mastroianni, pourtant sublime à l'écran, passe ses nuits à attendre le moment où il retrouvera l'instable - presque bipolaire - Maria Schell qui n'a jamais mieux porté son sobriquet "Maria Chiale" que dans ce film.
Il s'enflamme à chacune de leurs rencontres, tire des plans sur la comète, vole gondoles et prostituées, envoie des boules de neige farineuse en plein dans la figure de sa dulcinée (il y a de meilleures approches), avant de retomber méthodiquement dans le désespoir d'un jeune romantique russe quand resurgit l'ombre de Marais et que cette ombre l'éclipse totalement du petit coeur de Natalia.

Il est, vraiment, dans la friendzone.

Cette friendzone n'a d'ailleurs jamais été plus cruelle que pour ce Mario oblatif et charmant. Il est vrai qu'il se livre à quelques excessives privautés à l'endroit de la pudibonde Natalia, mais enfin ! il reste plus affable et rigolo que ce locataire impavide ! (Quelle gueule incroyable quand même ce Jean Marais, je regretterais presque que le film ne soit pas en couleur pour profiter plus pleinement de son regard).

Les décors combinés à l'éclairage donnent au film une très belle dimension vespérale. Visconti filme remarquablement ces nuits blanches où le blanc n'est pas une platitude mais une lumière parcimonieuse au centre de laquelle s'enchainent des instants d'action et de sensualité envoûtants, presque oniriques. La scène de la danse dans l'espèce de gourbi en sous-sol, superbe, donne un relief interessant au film en rompant avec cet extérieur où Mario est perpétuellement à la recherche de Natalia, ne la trouvant jamais que partiellement, même contre lui.

Marcello Mastroianni est excellent, passionné, sentimental. Maria Schell pleure trop, elle est sentimentale aussi, mais avec cette ingénuité de potiche un peu démodée. Jean Marais est un passage, une silhouette. Quelle présence malgré si peu de jeu ! (affreusement doublé en italien cependant).

Jolie musique en leitmotiv de Nino Rota. Agréable sans lasser.

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