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Avis sur 1917

Avatar Motherfuck
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C’est agaçant cette interminable antienne de la supposée opposition entre le cinéma et l’entertainment, anglicisme intraduisible désignant le divertissement sans l’art, le spectaculaire émotif, jouissif, et, par voie de conséquence, superficiel et trompeur.

Cette antienne agit chez les pisse-froids, les analystes sophistiqués, les peine-à-jouir, les radoteurs du verbe, les donneurs de grandes leçons frelatées, les rabat-joie compulsifs, les hystériques du détail, les dilettantes de l’image, chez la belle élite en somme, dans le cénacle des vrais juges de l’esprit et de la création, elle agit, disais-je, comme un leitmotiv, une redondance ultime, qui fait d’emblée défaut, qui déclasse une oeuvre de son statut d’oeuvre, et qui - pardonnez la comparaison mais je trouve son usage aussi facile - joue comme un moment Goodwin dans une conversation.

Au final, il y aurait les divertissements et l’art véritable. Des segments de l’art seraient dévoyés par l’industrie du spectacle, dans cette très chère société du spectacle, dont on ne peut, depuis cinquante-trois ans, se défaire, et le cinéma en ferait particulièrement les frais. Dans cette idiocratie(cy) les prolos moyennisés sont les plus fidèles spectateurs, ils croivent tout ce qu’ils voyent, et dépensent bêtement leurs petits-sous comme des moutons de Panurge.

Zut. J’ai aimé 1917, c’est que je dois avoir Disney en intra-veineuse.

Pourtant Sam Mendes nous ment. La guerre ca n’était pas ça. Il nous a emberlificoté l’esprit, son film est truffé d’erreurs, faut être con pour se laisser transporter. Il vaut mieux aller au musée. Ce qui est mieux est vieux.

Faut être con pour s’ébahir devant cet immense et faux plan-séquence, qui n’est qu’une prouesse technique stupéfiante, qui ne suppose qu’un sens supérieur de la mise en scène, qu’une maitrise géniale des travellings en tout genre, enfin, je ne connais pas suffisamment le cinéma technique pour en dire plus, mais j’ai eu le sentiment de regarder, pétrifiée, un foutu tableau pendant deux heures.

Faut être encore plus con pour avoir bêtement goûté la beauté sépulcrale de certains plans, notamment cette scène où l’anglais et l’allemand se font face, esseulés, avant que le second ne prenne le premier en chasse.

Faut être totalement con pour se pâmer devant les décors prodigieux, le boueux no man’s land jonché de cadavres et de tanks, les cerisiers abattus qui signalent une accalmie, et ces sublimes tranchées crayeuses qui préparent l’assaut final.

Faut être génétiquement con pour succomber enfin au rythme musical parfait, épique, galvanisant de Thomas Newman et aux silences bien choisis de Sam Mendes.

Et puis, si vous avez pleuré (probablement qu’en tant que femmelette vous avez versé votre petite larme) c’est forcément que le divertissement a eu raison de vous, qu’il s’est joué de votre part émotive, vous ne direz pas, surtout, que vous n’en avez pas eu pour votre argent.

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