Sweet child o'mine

Avis sur Les Oubliés

Avatar Gothic
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Musique (et paroles) de circonstance

Parfois, les séances improvisées s'avèrent les plus explosives. Prenez Under Sandet par exemple. A la base, Madame Gothic et moi-même devions nous rendre en salles pour une projection de Loving, le dernier Jeff Nichols. Il est sans doute très bien hein. Toutefois, l'ombre du film à Oscars planant, Madame m'envoie une confirmation par texto - nous ne communiquons pas par sms interposés lorsque nous sommes tous les deux à la maison, je préfère apporter de suite cette précision - dans laquelle elle glisse un «...ou Les Oubliés» tout sauf anodin. Les Oubliés ? Tiens, qu'est-ce donc ? Rapide coup d'oeil à un résumé sur le net. Ca a l'air joyeux dis donc, allez, c'est parti !

Land of Mine (le titre international est bien meilleur que les autres à mon goût, jeu de mot inclus, c'est sans doute pour cela) raconte une phase de l'après-guerre quelque peu oubliée, durant laquelle le Danemark - entre autres pays - a utilisé de nombreux soldats allemands afin de déminer leurs plages (sous l'impulsion des Britanniques selon nombre d'historiens, ceci étant quelque peu adouci dans le film). Dès les premières secondes, le ton est donné: un officier danois en Jeep remonte une file de soldats allemands. Il s'arrête, fait une petite marche arrière, interpelle un prisonnier...avant de lui démonter la tête avec force bourre-pifs parce que le pauvre hère tenait un drapeau du Danemark. C'est froid, c'est sec, c'est brutal, et ça annonce la couleur. Les danois DETESTENT les allemands, et Carl Rassmussen les haït peut-être plus encore. C'est ça ou alors il ne supporte pas de ressembler physiquement à une sorte de Jean-Paul Rouve bodybuildé. Allez savoir. Toujours est-il que cette ambiance électrique, cette tension, restera palpable tout du long. Par le caractère bouillonnant de l'officier dans un premier temps, puis une fois qu'il s'entichar...s'entichera des gosses, par le déminage intensif qui s'ensuivra, et la notion de danger constant à chaque foulée de chaque personnage, qui pourrait bien être sa dernière.

Une unité de très jeunes prisonniers va lui être assignée afin de déminer la côte. Bien évidemment, les rapports entre le danois et les jeunes recrues vont énormément évoluer. Rapidement, aussi, vu que le film est court. Mais ce n'est pas forcément gênant, les ellipses et la répétitivité des tâches de déminage venant rappeler les longues journées et longues semaines endurées par ces gosses, allongés sous le soleil et sur le sable à sécuriser les lieux, au p(u)éril de leur vie. De sacrées plages horreur. Triste ironie que de prendre des mineurs pour déminer, n'empêche. Et de déplorer le comportement minable de l'armée danoise, qui en temps de guerre ne valait finalement pas mieux que leurs ennemis sur le plan humain – ou plutôt sur leur absence d'humanité, à quelques exceptions près. Dont Carl, qui va éprouver de plus en plus de difficultés à les détester, jusqu'à devenir une figure certes très autoritaire, mais presque paternelle des jeunes garçons, dont il saisit bien la relative innocence, pris en tenaille dans un conflit qui les dépasse. L'évolution de cette relation se fait en douceur, par une infinité de détails, que je vous laisse le plaisir de découvrir. Si je devais noter un bémol, je dirais qu'il est dommage que certains personnages de l'unité allemande ne soient pas autant développés que les deux ou trois principaux. Reste qu'ils ont tous des rêves, une vie "après", et les séquences durant lesquelles ils les exposent, souvent avec humour, sont parmi les plus réussies de Land of Mine.

Dire que les morts se sont empilés en accomplissant cette tâche ingrate de retirer toutes les mines (tout aussi ingrate que celle qui a consisté à les y placer) relève du doux euphémisme. On estime qu'un soldat sur deux affecté à cette mission a fini lourdement handicapé ou mort. Pour ne rien arranger, il existait divers types de mécanismes. Des mines de toutes formes: carrées, cylindriques, pas tubulaires, patibulaires (ah non cette dernière c'est juste la tronche de Rassmussen...). Le film de Martin Zandvliet alterne les scènes brutales, effets spéciaux réussis à l'appui et les moments plus intimes voire bouleversants, sans céder au larmoyant gratuit et facile. La fillette permet justement de désamorcer un peu de tension, par l'innocence, la douceur, l'humour lors de ses interactions avec les jeunes, voire d'en apporter différemment. La musique appuie d'ailleurs très peu ces instants, qui n'en deviennent que plus pudiques. Si nombre de rebondissements sont assez prévisibles, ils sont tout de même amenés assez habilement, et leur efficacité n'est jamais remise en question.

Ces jeunes allemands auront donc été sacrifiés, Under Sandet est là pour nous le rappeler. De fait, ils n'ont certes pas connu Bernard Mine-S, mais grâce à eux au moins, nous européens, avons enfin pu dire «Goodbye les mines».

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