Ah ! Non ! C'est un peu court, génome !

A la suite d'un "accident", Jérôme est en fauteuil. Devenu "semi-homme" pense-t-il, ce mytho contrit ressent le besoin de s'évader, tandis qu'à Gattaca, Vincent est las de jouer les majordomes. Ce dernier rêve de tutoyer les astres en évitant le désastre, et tant qu'à faire, sans qu'Uma ne le castre. Plutôt que de plier l'affaire en threesome, les deux jeunes hommes vont travailler en binôme. Il ne faut surtout pas que Jérôme chôme, sans quoi dans l'espace, personne n'entendra Vincent crier: "Home sweet home". Dans ce monde aux tragiques symptômes, qui aurait pu croire qu'un être à l'ADN parfait allait quitter son trône pour aider un "invalide" à emprunter l'échelle de l'excellence. D'ailleurs, dans cette société monochrome, qui est le véritable invalide ? Qui est le plus humain ? Celui qui a ses gènes pour lui, ou celui qui a la volonté d'aller au bout de ses rêves ?

Tapi au beau milieu d'une myriade de thèmes majeurs, l'eugénisme, avec toutes les questions que la procréation médicalement assistée soulève, est au centre de cette histoire dystopique faisant terriblement écho à notre société moderne. La fécondation in vitro (à ne pas confondre avec la fécondation in vitraux, une pratique bien moins catholique qu'il n'y paraît) a lancé la course à l'Homme parfait. C'est dans ce contexte d'ultra compétition que notre héros (Ethan Hawke), né "à l'ancienne" par des techniques éprouvantes et éprouvées plutôt que par des techniques d'éprouvettes, va devoir user d'ingéniosité pour mener à bien une imposture sans précédent: passer pour un être supérieur aux yeux de ses pairs, afin d'accéder à son rêve d'enfant et de fait, partir en mission dans l'espace. Une course perpétuelle contre son propre frère, né de manière assistée. Une course constante contre la mort aussi.

Composé sans fausse note telle une symphonie à douze doigts de Schubert (magnifiques réarrangements de Michael Nyman en passant), le film d'Andrew Niccol regorge de trouvailles visuelles, sonores, ou scénaristiques. Une photographie pleine de pureté. Une bande son donnant le "la", et des acteurs au diapason. On notera l'escalier hélicoïdal chez Jérôme rappelant un fragment d'ADN, la magnifique et à la fois terrible expression "borrowed ladder" à détentes multiples, les lettres G, A, C, et T constituant les 4 nucléotides de l'ADN ainsi que le mot "GATTACA", parmi un million d'autres détails sur les noms, les lieux, les évènements. A un moment donné, il faut se rendre à l'évidence: ce film, en plus d'être d'une intelligence et d'une actualité rares malgré l'angle SF adopté, est en plus incroyablement bien pensé et magnifiquement écrit.

"Gattaca" m'a marqué il y a de ça quelques années. Il le fait davantage encore dans le cadre d'une redécouverte en Haute Définition. Médicalement assisté ou non, Niccol accouche d'un bébé d’une heure trois quarts frôlant la perfection. Son film aurait pu durer une heure de plus, j'aurais suivi le filament avec le même plaisir. Jusqu'au firmament.
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