Mea Culpa, Akira

Avis sur Les Sept Samouraïs

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Trois visionnages. Voilà ce qu’il m’aura fallu pour apprécier dans sa pleine mesure l’un des plus grands chefs-d’œuvre du cinéma. Si cet intérêt à retardement paraît logique pour un film plus contemplatif, on parle pour Les Sept Samouraïs avant tout d’un film d’action. Et bien que la contemplation fasse partie du film, il reste d’abord un film de divertissement. Divertissement qui est ici un moyen détourné pour nous faire baisser notre garde, et mieux nous planter en plein cœur son sabre idéologique, nous transperçant de son message, aussi flou et abstrait soit-il.

Quel a donc été l’élément déclencheur chez moi, qui m’aura fait passer de l’ennui le plus redouté, à une expérience unique ? Quelle est la différence fondamentale dans mon état d’esprit entre ces deux premiers visionnages, desquels je suis sorti inchangé, et ce troisième qui m’aura fait découvrir dans toute sa splendeur le véritable film que je devais voir ?

Le premier reproche qui me revient en tête lors de mes premières incursions dans le film de Kurosawa a été l’absence d’une motivation pour la plupart des samouraïs. Si celle de Kikuchiyo est assez explicitement décrite, le fait de ne pas comprendre ce que ses compagnons avaient à gagner dans le combat cinématique du siècle m’aura rapidement convaincu que le film ne sera que les prémices d’une formule vouée à être améliorée dans le futur. Ironie du sort, je ne voyais alors pas que les héros des classiques de l’action qui ressortaient grandis de leur voyage initiatique descendaient directement des japonais, l’optimisme final en plus.

Quelle est donc cette motivation ? Qu’est ce qui pousse ces six samouraïs à poursuivre une quête dès le départ décrite comme ingrate ?
Il s’agit d’ailleurs sans doute du point le plus important du film, lui confiant tout son aspect philosophique, et il paraît donc normal de voir un spectateur étant passé à côté de ce point refuser à l’œuvre un statut de grand film.

Dans une époque où le respect dû aux samouraïs s’amoindrit, ces derniers se trouvent sans but. Leur maîtres les ayant abandonnés, ils se trouvent condamnés à arpenter les rues à la recherche d’un idéal idéologique, devant se manifester sous forme d’une mission. Cet idéal est représenté par le bushido, code des principes moraux du samouraï souvent seulement appliqué pour le bien-être du maître. Toute l’idée sera donc de découvrir si cette mentalité possède une vie au delà de la servitude du guerrier.

Toute la thématique chère au maitre japonais de la lutte des classes est décrite ici, et envoyée au tapis par ses personnages. Les samouraïs seront serviteurs des paysans. L’issue du combat décidera de l’humanité qu’il est possible de témoigner.
Cette motivation, et son sommet de noblesse, est parfaitement mise en image lorsque Kyuzo, ronin cherchant à perfectionner son art, revient au QG de recrutement dans un premier temps, pour tomber sur le discours pessimiste du sage Kanbei, discours qui ne manquera pas de le convaincre.

C’est bien cette idée qui donne au film toute sa puissance émotionnelle. Rarement mon cœur n’aura été aussi déchiré devant un film, lorsqu’il témoignera de l’échec d’un groupe d’hommes cherchant à prouver qu’un monde plus juste est possible. Le film atteint son pic de noirceur lorsque Katsushiro, remarquant la mort du dernier ennemi, laisse échapper un cri de douleur, digne des plus grandes défaites.

Si Kikuchiyo suit bien le cheminement du héros, bravant la mort pour atteindre le statut de samouraï, force est de constater qu’à plus grande échelle, c’est bien l’échec qui domine pour les guerriers.

Les paysans sortiront vainqueurs, à l’image de l’insouciance, opposée à l’envie de grandeur d’âme, qui si elle sera bien présente, laissera le spectateur dans un constat terrible.

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