Un Jacquouille dans le potage

Avis sur Les Visiteurs : La Révolution

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Voir ou ne pas voir Les visiteurs 3, telle est une question à laquelle j’ai mûrement réfléchi depuis hier, revenant plusieurs fois sur ma décision.
C’est comme pour Cookie (si vous ne voyez pas ce qu’est ce film, tant mieux, laissons-le tomber dans l’oubli), au départ le sujet revenait dans les conversations avec mes amis, sous mon impulsion certes, sous forme de blague. "Hey, on va voir Les visiteurs 3 ?", "T’as vu la dernière bande-annonce des Visiteurs 3 ?", "T’as compris le jeu de mot avec Jacquouille ?"
Et petit à petit, à force d’en parler, je me suis donné envie de le voir. Histoire de savoir si c’était aussi horrible que je l’imaginais, au vu des bandes-annonces.
J’avais vu les deux premiers films étant gamin et je ne les ai pas revus depuis ; j’en garde le souvenir de divertissements idiots mais sympathiques, mais je ne sais pas ce que j’en penserais aujourd’hui. Peut-être qu’au final je n’y verrais qu’une de ces beauferies comme tant d’autres, dont on te ressort des répliques aux repas de famille, t'admonestant d'un "Quoi, tu l’as pas vu ?!"
Ce que je craignais essentiellement de cette suite, c’est que ça ne soit pas assez naze pour en être drôle à je ne sais quel degré (car oublions le 1er).
Alors qu’est-ce qui m’a convaincu ?
Déjà, c’est le premier film de Jean-Marie Poiré depuis son implication dans Les Gaous, un des meilleurs nanars français (sorte de teen movie avec des situations cartoonesques et un montage à la Jason Bourne ; à voir absolument).
Ensuite, cette sublime sélection de critiques : http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2016/04/06/on-vous-resume-les-visiteurs-3-avec-les-phrases-assassines-de-ceux-qui-lont-vu/
Ah et la place était gratuite.
Alors bon, j’y suis allé le jour de la sortie. Imaginez que j’aie attendu, j’aurais pris le risque de me faire spoiler sur les réseaux sociaux !

Les visiteurs 3 omet les escapades de ses deux héros en Amérique, et reprend là où Les couloirs du temps se terminait, à savoir quand Godefroy et Jacquouille s’étaient retrouvés à l’époque de la Révolution. Cette suite fait fi du temps qui s’est écoulé entre les deux films, alors que les acteurs sont 18 ans plus âgés. Il y a une justification à cela : ils vieillissent de 10 ans en une semaine parce qu’ils sont coincés dans les couloirs du temps. Ah bon. Et cela sert uniquement d’excuse au vieillissement des comédiens, car ça ne joue aucunement dans les enjeux par la suite.
Je pense que reprendre à la fin du 2 était une erreur (enfin faire une suite aussi, mais bon), et il aurait fallu changer le contexte carrément, parce que le contraste entre le moyen-âge et 18ème siècle n’est pas aussi fort que celui avec l’époque contemporaine.
Du coup on perd cette source de gags, et on fait essentiellement référence aux inventions du 20ème siècle qui étaient dans les précédents films.
Une bonne idée du scénario, je dois l’avouer, c’était de revenir en 1124, montrer ce qu’il se passe en l’absence de Godefroy de Montmirail et son serviteur. On apprend que s’il ne refait pas surface prochainement, le roi va le priver de ses terres et raser son château. En revanche, le concerné n’est aucunement au courant de cette menace… et du coup ça ne sert pas d’enjeu.
Les visiteurs 3, c’est un film totalement dénué d’enjeux.
Une fois qu’ils se sont évadés de prison et ont échappé à la guillotine, Godefroy et Jacquouille rejoignent les descendants nobles des Montmirail, qui fuient les révolutionnaires et se rendent à Paris. Godefroy parle de libérer quelqu’un en prison, et vers les 3/4 du film, décide que non, en fait il vaudrait mieux qu’il retourne à son époque. Il trouve un enchanteur en un rien de temps, et en même pas 10mn refait son voyage dans le temps, sans réelles difficultés (une poursuite mollassonne, enfin plutôt une fuite parce que les ennemis ne se pointent qu’au dernier moment).
Voilà, en gros c’est ça, toute l’histoire des Visiteurs 3. Qui dure quand même 1h50.
Il y a quelques scènes où on dirait qu’ils ont voulu créer de la tension, littéralement de nulle part. Les personnages sont au marché, et soudain on a une musique épique et des ralentis… sans que je comprenne ce qui justifie cette emphase, car il ne se passe vraiment rien.
Jean-Marie Poiré est un cinéaste qui met un effet juste pour le plaisir de l’effet, c’est pareil avec ce montage très cut et cette multiplicité inutile des angles de vue. Quelqu’un fait une brève action et dit trois mots, mais on nous met 2 ou 3 plans différents (bon, c’est pas Les gaous non plus, mais quand même !)
Le plus grand moment de tension, ça doit être quand Robespierre reproche au descendant de Jacquouille de ne pas avoir encore arrêté le duo qui s’est évadé de prison. Et puis ça n’a aucun impact sur la suite.
Mais ça n’est pas autant forcé que ce moment émotion qui sort de nulle part entre Reno et Dubosc.

Le film est plein d’incohérences, de facilités, de raccourcis, et d’anachronismes, mais je ne vais pas m’étendre trop là-dessus, ce serait vain. Quand je parle d’anachronismes, je pense au fait que les personnages qui arrêtent les héros devinent aisément la fonction de leurs objets rapportés du futur, et ne s’en étonnent nullement. Je pense également à la vulgarité excessive qui dénote avec l’époque représentée ; on parle de couilles, d’enculade, …
Les visiteurs 3 fait preuve d’un goût prononcé pour le scatologique ; je sais que c’était un des attributs de Jacquouille, et effectivement je me souviens que l’évocation de la merde avec l’ajout du suffixe –asse me faisait marrer quand j’étais gamin, mais là ça devient un des seuls ressorts comiques de Clavier. C’est que des variations sur les mêmes thèmes : la merde, la puanteur, Jacquouille qui ramasse des crottes, Godefroy qui pue des pieds, Jacquouille qui pue de la bouche, Robespierre qui chie bruyamment, un personnage puis un autre qui se blesse au cul, …
Les autres gags sont, au choix : faciles, lourds, prévisibles, déjà vu, … Certains sont gênants, et pourtant, les acteurs essayent de les servir avec conviction, même si on ne les sent pas toujours à l’aise. C’est surtout Clavier qui s’investit, enfin je veux dire qu’il en fait des tonnes, comme si ça allait tirer les gags vers le haut. L’acteur s’avère gênant à chaque fois qu’il ouvre la bouche, il passe pour un troll qui saisit chaque occasion de gueuler, de rebondir sur un truc un peu tendancieux dans ce que disent les autres. On croirait voir un mec bourré, sans aucune retenue, qui hurle sans honte chaque "blague" en pensant que ça leur donne du poids.
Et comme pour nous les faire entrer dans le crâne de force, il répète sottement les mêmes répliques débiles, censées devenir cultes je suppose.
Il y a un running gag avec les autres qui l’appellent "La couille". Parce que Jacquouille, c’était encore trop subtil, les gens comprenaient pas forcément.
Mais, encore plus que pour Clavier, j’ai été gêné pour Frédérique Bel, qui n’est là que pour son physique, et on ne s’en cache même pas au vu du nombre de remarques sur son cul pour le peu de temps à l’écran qu’elle a.

Des gens au rang derrière riaient. C’est ça qui est effroyable, ça faisait rire, et surtout à des passages où je ne voyais pas ce qu’il y avait de drôle.
Parce que bon, il y a des séquences où je sens (enfin je crois) que quelque chose est censé être drôle, même si rien ne fait rire. Et le pire, c’est que ça dure… ça dure !
Le film n’ayant aucun enjeu, il y a des séquences où les conversations n’ont absolument aucun intérêt, car ça ne sert ni l’intrigue, ni l’humour. On parle de lait par exemple. J’ai pas compris cette fixation sur l’absence de lait, mais Robespierre veut du lait et il n’y en a plus, alors on parle de lait, on s’étonne qu’il n’y ait pas de lait, puis Clavier déambule en s’insurgeant "Il n’y a pas de lait pour Robespierre". Et puis on le retrouve plus tard ailleurs à demander où est la vache, pour la traire. Sauf que la vache est partie dormir !
Et on n’en a rien à foutre.

Quand j’ai commencé à regarder ma montre, il restait environ 50 minutes.
Je suis resté parce que je voulais connaître le twist final, dont j’avais entendu parler sur le net. Eh bien on dirait qu’ils prévoyaient une suite. Dans une époque que j’aurais tellement préféré voir dans ce film-ci. Même si ça aurait sûrement été aussi peu drôle. Mais ce que j'aimerais voir plutôt, c'est Les visiteurs dans le futur. Une comédie française de science-fiction, par Jean-Marie Poiré ; oui, là, ça me ferait rêver.
Au moins, j’ai vu Christian Clavier avec de la couillo-mentonite.
Mais, je dois (me) l’avouer, c’était une perte de temps. C’était pas drôle, à quelque degré que ce soit.
N’allez pas voir Les visiteurs 3. Sérieusement.
Regardez plutôt Les gaous.

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