À l'aube d'une nouvelle humanité

Avis sur Lettres d'un homme mort

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Premier film de la carte blanche à Lucile Hadzihalilovic, réalisatrice du magnifique Evolution, Dead Man's Letter (Lettres d'un Homme Mort en français) de Konstantin Lopouchansky appartient à cette tradition du film de science-fiction métaphysique et post-apocalyptique russe. Le réalisateur a d’ailleurs travaillé avec Andrei Tarkovski sur Stalker, également adapté d’un roman de Strougatski, comme le film de ce soir (une belle grand famille). Malgré tous ces croisements, le film se détache de l’esthétique de Tarkovski pour développer un univers entre Le Dernier Combat de Luc Besson et les premiers films de Caro & Jeunet, aussi bien dans les décors sublimes, immenses décharges, ruines monumentales, bibliothèques noyées… que dans la monochromie d’une photographie sépia ou bleu, la seule séquence en couleur étant dans un flash-back, avant que la folie de l’Homme ne détruise la planète. Œuvre hallucinée qui mérite entièrement sa place au sein de la programmation du festival, ce long-métrage “lent et obsessionnel” (pour reprendre les mots de Lucile Hadzihalilovic) est fort d’une abstraction évocatrice puissante et hypnotique qui ne vous lâche pas durant l’heure et demie, appuyé par un travail du son tout en écho et en résonance, sorte de réminiscence d’un passé pas si éloigné que ça. Le format 4:3 donne au film un aspect rétro, nous renvoyant ainsi aux prémisses d’un cinéma naissant et s’inventant un langage. Lettres d’un Homme Mort invente ainsi le sien, coincé dans un entre-époque où il reste tout à construire, à l’image de cette horloge-globe terrestre, nous disant alors que malgré l’extinction de l’humanité, la terre ne s’arrêtera pas de tourner. Une nouvelle histoire, peut-être une nouvelle humanité, apparaîtra sur les cendres et les ruines de la précédente, puisant dans l’archéologie de notre monde contemporain (ce n’est d’ailleurs pas par hasard que nos protagonistes logent dans les sous-sol d’un musée) devenu fou de mort et de destruction. Merci Lucile pour cette prodigieuse découverte.

Tiré du journal du festival des Hallucinations Collectives 2016 : lire l'article entier sur mon site...

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