Life After Aubrey ?

Avis sur Life After Beth

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NOTE : Après The To Do List (Maggie Carey, 2013) (qui ne m’a pas inspiré pour une critique), et Ned Rifle (Hal Hartley, 2014), je poursuis ma « rétrospective Aubrey Plaza » avec Life After Beth.

Coscénariste sur I Heart Huckabees de David O. Russell (2004) ou encore assistant de Robert Zemeckis sur plusieurs projets, Jeff Baena se lance dans la réalisation en 2014 avec Life After Beth. Une comédie horrifique mettant en avant les morts-vivants un peu comme l’ont fait Burying the Ex (Joe Dante, 2014), Zombieland (Ruben Fleischer, 2009) ou encore Shaun of the Dead (Edgar Wright, 2004). Présenté à Sundance, Life After Beth n’a pas bénéficié d’une forte publicité, pire même, son succès au box-office a été très faible, pour ne pas dire inexistant. Est-ce mérité ? Life After Beth, c’est l’histoire de Zach (Dane DeHaan), un adolescent qui va être complètement dévasté par le décès brutal de Beth (Aubrey Plaza), sa petite amie. Alors, lorsque celle-ci revient d’entre les morts, Zach décide de ne pas laisser passer sa seconde chance.

Le postulat du film est assez simple. Malheureusement, Jeff Baena qui scénarise son film n’arrive pas à s’en défaire, et cela dès que Beth meurt (foutue morsure de serpent) : soit dès le début du film. Ce qui est assez dérangeant, car il y a le refus de placer et d’emmener la construction de la relation entre Zach et Beth, or, c’est exactement sur cette relation que la suite du film se base. En refusant de la construire, la déconstruire puis la reconstruire, le réalisateur américain semble se tirer une balle dans le pied et catapulte le spectateur dans une relation quelconque dont il ne connaît pas les ressorts, dont il peut avoir du mal à s’intéresser, à s’identifier. Le film ne durant qu’une heure trente, il apparaît tout à fait faisable à la vue de certaines scènes d’envisager quelques minutes supplémentaires pour expliquer davantage, montrer évidemment, ressentir forcément ce qui lie Zach et Beth. Cela aurait d’autant eu plus d’impact que le spectateur aurait pu être questionné sur la perte d’un être cher par exemple ou sur la transformation physique et psychologique après un trouble aussi fort qu’elle soit du côté de la victime ou d’un proche de ladite victime. Malencontreusement, rien de ça dans Life After Beth. Pourtant le film regorge de qualités, certes le postulat n’est pas dépassé et c’est regrettable, mais, le traitement de certaines questions est tout à fait intelligent : la réaction des parents lors du retour de Beth par exemple ou encore le fait de faire renaître une osmose dans un couple qui semblait perdu à jamais. Pas une mince affaire donc, surtout dans un film prenant place dans un univers « zombiesque ». Mais là encore, le film retombe dans un de ses défauts principaux : ne pas savoir que faire de ces zombies et in fine, ne pas savoir quoi faire tout court. Utiliser ces monstres complètement ou non ? En user pour apporter de la peur ou à défaut de la tension ? Le film semble osciller dans un entre-deux assez gênant, car on aimerait qu’un choix soit fait, qu’un choix dicte tout le film et l’emmène vraiment au-delà du postulat « comico-horrifique ». Beth revient d’entre les morts ici et… c’est tout ! C’est peu !

Pourtant, la mise en scène sans être novatrice ou exceptionnelle (à cause notamment de ce défaut de prise de décisions) accomplit un travail assez réussi, il n’y a pas de réels soucis de ce côté-là (peut-être une trop forte utilisation de la caméra portée ?). Le travail sonore est lui aussi bon, pareil pour les choix musicaux. Mais, le point fort du film c’est en fait son casting. Les parents de Beth (Mooly Shannon et John C. Reilly) sont très fusionnels et cohérents dans leurs rapports que ce soit avec leur fille, leur beau-fils ou entre eux. Le frère de Zach, Kyle (Matthew Gray Gubler) apporte cette dose d’humour absurde et lourd qui fait du bien. Même Erica (Anna Kendrick) est intéressante dans ses rares apparitions dans le dilemme qu’elle soulève. Enfin, Dane DeHaan et Aubrey Plaza forment un couple assez réaliste, bien que complètement différent (à cause de la nouvelle nature de Beth). On aurait vraiment aimé voir l’avant-morsure et mort de Beth. Dommage ! Dommage, car Dane Dehaan offre un rôle attachant dans ses contradictions. On s’identifie facilement et rapidement à lui. Pareil pour Aubrey Plaza (dont j’effectue une « rétrospective » comme vous l’aurez compris) qui tout en conservant ses singularités (son côté distant et barré) arrive à apporter quelque chose à son personnage qui n’est au fond qu’un zombie tout le film. Elle livre une performance qui éclipse le reste de la distribution et qui vaut à elle seule le visionnage de Life After Beth. Est-ce que la relation dans la vraie vie entre le réalisateur et l’actrice ont conditionné un tel rôle ? Cela semble fortement probablement tellement le film repose sur la jeune actrice, un choix compréhensible tant le talent d’Aubrey Plaza est évident, mais aussi un choix qui coûte au film, puisqu’il n’arrive de s’extraire de son postulat, de son actrice principale ou quand la principale qualité d’une œuvre en fait le défaut qui conditionne tout !

Life After Beth, un bon petit film indépendant, assez court, quelque peu conventionnel, parfois drôle, voire touchant, et bénéficiant de très belles performances d’acteurs (celle d’Aubrey Plaza en premier lieu donc). Pourtant, quelques problèmes existent et empêchent au film de dépasser le stade de « moment sympa ». Les bonnes idées et les bonnes intentions ne font pas toujours des grands films. Ramener sa partenaire d’entre les morts n’en est peut-être pas une non plus...

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