Un conte de fée bien plat

Avis sur Lost River

Avatar Lydra
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Faire son premier film n’est jamais simple, et plus encore quand on passe du statut d’acteur star à celui de réalisateur. Jugera-t-on l’oeuvre comme un caprice de diva ? Ou comme un véritable aboutissement d’un projet personnel ? On ne peut, en effet, s’empêcher de se poser la question quand on va voir de tels films, d’autant plus qu’ils se sont rarement révélés être des chefs d’oeuvre… C’est donc au tour de Ryan Gosling de passer le test, avec ce premier essai intitulé Lost River.

Des années déjà que le beau gosse d’Hollywood parle de passer derrière la caméra, en faisant une pause dans sa carrière d’acteur. Sans nul doute a-t-il eu envie de mettre à profit l’expérience acquise lors de ses tournages : c’est en tout cas ce qui transparaît à la vision de son film. On sent l’influence de Nicolas Winding Refn à des kilomètres, notamment à travers des plans à l’esthétique ultra léchée, portés par une musique électronique. Celle-ci est d’ailleurs composée par Chromatics, groupe ayant participé à la fameuse B.O de Drive (avec le morceau Tick Of the Clock).

Pour sa première réalisation, Gosling a donc préféré s’entourer de gens qu’il connaît bien : outre la musique de Chromatics, il donne le premier rôle à Christina Hendricks, qui avait également joué dans Drive. Il retrouve l’australien Ben Mendelsohn, croisé dans The Place Beyond The Pines, et enfin Eva Mendes, sa femme. Tout ce beau monde au service d’un sombre récit aux allures de conte de fées, qui s’avère malheureusement assez vide…

L’action se passe dans une ville qui se meurt. Même si elle n’est pas citée, on reconnaît Detroit et son aspect de ville fantôme : la nature y reprend progressivement ses droits tandis que la plupart des habitants ont déjà fui, espérant trouver le bonheur ailleurs. Billy, une mère célibataire, refuse de quitter la maison où elle a grandi. Mais avec deux enfants à sa charge, elle a du mal à joindre les deux bouts en ces temps de crise économique. Son fils aîné Bones (le nom rappelant la caractéristique principale du personnage est un passage obligé du conte de fée : ici Bones fait référence à sa pauvreté), tente d’aider sa mère en vendant le cuivre qu’il trouve dans les ruines de la ville. Mais il se heurte au caïd du coin, Bully (signifiant brute), qui fait régner la loi. Une tyrannie pourtant bien illusoire, puisqu’à l’image de son « château », un ancien zoo, le roi auto-proclamé ne règne sur pas grand chose : un quartier déserté en guise de royaume, et une réserve de cuivre précieusement gardée, en lieu et place de l’or traditionnel.

Il faut vraiment s’accrocher à l’aspect « conte de fée » de l’histoire pour lui trouver un semblant d’intérêt : Bones et sa mère traversent les différentes étapes du conte, de la découverte d’une malédiction à l’affrontement avec des monstres. Si le film flirte donc bien souvent avec le fantastique, c’est pour mieux déconstruire cette réalité désenchantée, ce rêve américain que représentait Detroit à ses grandes heures. Plus que la ville, c’est avant tout un idéal de vie qui part en fumée, comme ces maisons (le symbole de la réussite) qui sont brulées ou détruites aux quatre coins du quartier.

Mais le tout sonne pourtant creux, en raison de personnages trop lisses qui n’éveillent pas notre empathie comme dans tout bon conte. En une heure et demi, il ne se passe pas grand chose et on se noie parfois dans toute cette symbolique. C’est le même sentiment d’ailleurs qu’on pouvait ressentir lors du visionnage d’Only God Forgives : dans le film de Refn, ce n’est pas le récit qui nous tenait, mais bien cette photographie exceptionnelle. Même chose pour Lost River : le disciple du réalisateur danois a pris goût aux beaux plans, et s’est donné les moyens pour en réaliser puisqu’il a fait appel à Benoît Debie. Ce belge est un directeur de la photographie bien connu pour son travail (entre autres) sur les films de Gaspard Noé, Enter The Void et Irréversible. L’image du film est donc son principal atout, chaque plan étant composé tel un tableau aux lumières pop, mais toujours dans une ambiance funeste.

Bilan en demi-teinte pour le film de Ryan Gosling, qui se révèle quand même être un réalisateur à suivre. Lost River est sans aucun doute un projet qui lui tenait à coeur, mais l’excellente photographie ne peut sauver une pauvreté narrative trop pesante. Le prochain objectif devra sûrement être pour lui de se débarrasser de toutes les références dont il se sert, pour se créer une véritable identité. Pour enfin construire son style sur ses propres expériences, et non pas sur celles de ses modèles.

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