Lost comme filtre : Hommage fictionnel

Avis sur Lost in Translation

Avatar Ochazuke
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Je ne tiens à pas à en rajouter : les critiques élogieuses étant parfaites, il ne me reste pas grand chose à rajouter. Donc je rendrai un hommage plutôt pour justifier que Lost In Translation soit en première place dans mon Top 10. Oui, en première devant la flopée de films fabuleux, statufiés, ces monstres sacrés qui ont changé l'histoire du cinéma, la vision des spectateurs, qui ont eu leur importance politique, éthique et morale. Rien de tout ça pour Lost, bien sûr, ma position (et plus que cela même, mon lien) est autre. C'est une histoire personnelle qui explique cette place, donc si vous souhaitez lire une critique, arrêtez ici. La suite n'est qu'anecdotes.
Tout a commencé un soir en 2004, en janvier, (le jour de mon anniversaire ? Je ne sais plus), en tout cas j'y allais seul, pour me changer les idées, une rupture amoureuse, tout ça... (je vous ai prévenu, ce n'est pas une critique). Ressorti de la salle l'esprit dans les nuages, je faillis me faire renverser (en plus à Marseille, c'est facile, à l'époque la Canebière était plus large et même sur les trottoirs on pouvait toujours craindre d'être fauché le soir par un mec qui a trop picolé).
Je me couchais les yeux ouverts, souriant, contemplant à nouveau le film que je me refaisais inlassablement. Ma vie avait retrouvé un brin de magie, une envie d'aventure, un espoir d'espoir... bref dans l'écran de mes nuits comme dirait Claude.
Le lendemain, je dus saouler tout mon entourage, l'équipe entière de libraires supporta mes logorrhées que venaient couper les lecteurs-clients.
J'eus besoin de le revoir pour confirmer cette impression, accompagné par une petite nouvelle dans ma vie avec qui je venais de signer un CDD hyper-précaire depuis quelques jours. Il me fallait savoir si elle serait ma Scarlett, comment réagirait-elle face à la concurrence de mes rêves ? Au moins saurait-elle à quoi s'en tenir.
Résultat mitigé pour la petite nouvelle qui au bout de 5 minutes après être sortie, me parla de ses projections de shopping pour le lendemain, car il ferait beau, qu'elle avait eu son salaire, tout ça dans la cité phocéenne et que la rue St Fé le samedi matin, ce n'est quand même pas l'enfer... Le CDD prit fin quelques jours après comme vous le devinez. Je ne pouvais pas finir mes jours avec elle, c'est évident.
Depuis ce film de Coppola je le revis avec amis, parents, nouvelles connaissances (si vous sympathisez avec quelqu'un qui vous propose au bout de deux jours de faire une soirée ciné avec Lost, ne cherchez pas c'est moi, celui est derrière Ochazuke).
Depuis donc je l'ai revu, et du film de l'année il m'est devenu le film de la décennie, puis de ma propre vie insignifiante, devant mes autres amours cinématographiques, La vie est belle de Capra, Apocalypse, Barberousse, replongeant à chaque fois avec le même plaisir revoir Bob «Hallis», retombant amoureux encore du sourire en coin de Scarlett.
C'est en fait le seul film qui m'ait apporté cette jouissance sans cesse renouvelée, tel un vin favori, tel le meilleur plat d'un jour de fête qu'on connait par coeur, dont on savoure la moindre réplique, dont le rire est répété devant les mêmes scènes absurdes.
En fait Sofia l'a fait pour moi, elle savait que j'en aimerai tous les ingrédients, le personnage de Bob Harris, Charlotte, Tokyo, le japon, les sushis, les virées nocturnes, le whisky japonais, l'absurdité de certaines situations, ces identités-simulacres, la difficulté de changer de vie, la confrontation culturelle, le dernier choix amoureux avant la vieillesse, l'adultère fantasmé, notre fragilité une fois dévoilés, l'envie d'aimer, de ne pas se tromper ; l'implicite aussi, le non-dit, le retenu, le refoulé ;
Aussi la culture japonaise avec ce croisement entre modernité et tradition, la grandeur du béton, et la beauté du détail, le soin de la perfection ;
Aussi le plus grand mérite dans cette alchimie de Coppola, qui par la suite n'a plus réussi à me séduire autant, est dans cet équilibre, cette part d'implicite, sans sombrer dans les écueils de la mièvrerie, de la caricature ou la simplification, sans morale, sans fin ;
Et donc, surtout, cette fin ouverte, si rare dans l'univers cinématographique : cette fin murmurée, recouverte et ensevellie qui restera le plus grand mystère de l'histoire du cinéma.
Et enfin Charlotte encore, celle qui n'existe que dans ce film, muse éternelle, avec sa candeur, sa simplicité qui me subjugue, à notre époque d'ego-hypertrophiés, dont le regard sur les choses et les êtres est si juste, si humain et amusé...

Le cinéma ne serait-il pas un moment magique ? Le meilleur et le plus grand des simulacres ?

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