Le beau mensonge

Avis sur Ma vie avec John F. Donovan

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J'avoue être un peu désarçonné face à toutes les critiques négatives que rencontre Ma Vie avec John F. Donovan, nouveau né du petit prodige du cinéma canadien Xavier Dolan qui n'a plus rien à prouver après le succès retentissant de Mommy (2014) ou Juste la Fin du Monde (2016) pour lequel il obtint le César du meilleur réalisateur. Parfaitement dans la lignée de ses œuvres précédentes mais dégageant pourtant une totale singularité, cette histoire provient d'un fantasme que n'importe quel enfant a voulu réaliser dans sa vie : correspondre avec la star qu'il admire pour les films, séries dans lesquels il brille.

Tout ici, et pendant plus de deux heures, est à fleur de peau. Chaque émotion est exacerbée comme Dolan le fait si aisément pour le moindre de ses films, avec une délicatesse et une fougue hors du commun qui poussent le spectateur à s'émerveiller ou à s'écraser dans son siège. Grâce à une fabuleuse addition entre une réalisation fluide et épurée, une bande son rythmée et éclectique, et enfin une performance éblouissante du moindre des acteurs présents sur le film, Ma Vie avec John F. Donovan transporte celui qui s'y plonge dans un tourbillon d'émotion plus contradictoires les unes que les autres.

Porté par un Kit Harington poignant au possible (prouvant qu'il n'est pas uniquement fait pour le rôle de Jon Snow dans Game of Thrones), une Nathalie Portman épatante de justesse ou encore une Susan Sarandon toujours aussi talentueuse, le casting brille et ne laisse la place a aucun défaut majeur. Notons tout de même la performance remarquée du tout jeune Jacob Tremblay, nuancée entre sa maturité évidente face à une caméra et le caractère désagréable d'un rôle pratiquement pourvu que de cris et de reproches. Les dialogues sont omniprésents mais d'une beauté sincère alternant entre messages engagés (la difficulté du monde du showbiz, l'homophobie), réflexion sur la condition humaine (son éternel solitude), et pure poésie (de plus en plus présente au fil du récit).

Il est, à mon humble avis, impossible de ne pas être touché par les destins tortueux de ces personnages torturés, bloqués par leurs rêves et la dure réalité qui vient naturellement s'y confronter. Mais le concept même du film vient remédier à toutes ces questions que les héros ignorent ou se posent avec bien trop de gravité. Les apparences.

Que ce soit celle des rôles que les acteurs doivent jouer, les secrets que l'on garde bien trop enfoui, ou le passé de notre entourage impossible à atteindre par l'infinie distance établie entre les corps et les esprits, les apparences sont la vraie définition du mensonge. Elles faussent les histoires, les mots, les gens et notre propre identité. Quoique l'on puisse en faire, on s'y perd. Véritable facteur des drames du film ou même de la vie, Dolan nous invite à les briser tout en les acceptant. Nécessaires car inéluctables, c'est en comprenant qu'on ne peut leur échapper que l'on peut atteindre toute leur beauté. Malgré la faiblesse de l'homme et ses limites, il est et il sera toujours possible pour lui de les abattre par la force de la volonté et de la compréhension. Et c'est en cela qu'existe toute leur magie.

Par ces mots qui paraissent impossibles à dire et face à la solitude transcendante dont souffre l'homme continuellement en raison du monde ou de l'environnement dans lequel il vit, Dolan nous partage avec une intimité plus que jamais touchante le secret de ce beau mensonge que sont les apparences : derrière la tristesse inexorable qu'elles engendrent se dévoile l'espoir, un espoir que seule la vérité permet d'illuminer.

Au travers de ses personnages, de son récit et d'une réalisation haute en couleur et en poésie, Xavier Dolan nous livre dans Ma vie avec John F. Donovan un message à l'humanisme exacerbé auquel il est impossible de ne pas s'identifier : se libérer des chaînes des apparences que la société et nos limites nous imposent afin de connaître l'harmonie intérieure et auprès de ceux que l'on aime.

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