Highway Through Hell

Avis sur Mad Max : Fury Road

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Est-il utile de critiquer Fury Road alors que le site est déjà pourvu de plus de 250 critiques après moins d'une semaine d'exploitation ? Sans doute pas , mais on ne peut pas toujours agir pour le bien commun.

La première impression que j'ai eue en sortant de la salle, emplie d'un brouhaha de "wah les effets spéciaux étaient trop stylés", c'était d'avoir vu un remake de Mad Max 2 (que j'avais visionné comme la majorité des cinéphiles-novices peu de temps avant pour ne pas passer pour un inculte, et accessoirement pour éviter de louper des références).

En plus lisse sans doute, en 2015 dans les grosses productions d'action, on ne peut voir de seins nus ou de blessures un peu trop sanglantes. Avec bien plus d'explosions aussi, évidemment. Et avec toujours cette volonté de s'inscrire dans son époque.

Les années 70-80 furent marquées par les premières crises pétrolières, et on commença à se demander comment serait la vie sans pétrole, ou comment s'en passer. Et l'or noir était au cœur de l'intrigue du deuxième épisode, c'en était l'enjeu principal et des questions évidentes telles que "mais comment tous ces gens peuvent-ils survivre dans une telle aridité sans eau et sans cultures ?" étaient zappées. L'heure était au pétrole. En 2015, la question de l'eau est devenue plus cruciale, alors que les alternatives au pétrole (énergies renouvelables, gaz naturel, de schiste) se multiplient, et dans Fury Road, le monde a beau être dévasté, il semble toujours possible d'aller acheter sa petite citerne de fuel à Gastown, et ses munitions chez son marchant de bastos le plus proche. Tandis que les réserves d'eau s'amenuisent, amenant un déplacement des peuples (les fameux migrants climatiques/matriarches), et que seuls les plus puissants, tels que Immortan Joe, peuvent se permettre d'aller extraire l'or bleu au plus profond de la terre.

Et si les punks étaient les terreurs des années 80 (ou l'illustration du mauvais goût de l'époque), aujourd'hui les antagonistes des premiers épisodes prêtent franchement à sourire. Place donc aux skinheads/emo/fanatiques religieux, qui font toujours leur effet en termes de répulsion de nos jours.

Et si les femmes héroïnes de films d'action étaient aussi nombreuses que les Présidentes en 1980, l'apparition d'une certaine parité homme/femme en 2015 est illustrée avec Furiosa, qui a quand même les cheveux très courts et le regard hargneux pour la distinguer de son harem de pleutres/de faibles femmes à secourir. Elle parvient même à être plus intéressante et plus développée que Max, au point que certains en sont arrivés à qualifier le film de "féministe" (une insulte/une qualité, ça dépend de qui l'emploie). Parce que les femmes bassement considérées comme de vulgaires porteuses veulent quitter cette société patriarcale pour accéder à la société matriarcale, totalement idéalisée avec ses contrées vertes, son eau abondante et ses dirigeantes bienfaisantes. Sauf qu'au final, le grand méchant monarque de droits divins totalement macho, contrairement aux gentilles matriarches, il est parvenu à garder son pays, et à avoir eau/pétrole/munitions en abondance quand les gentilles en sont arrivées à errer parmi les dunes, sans trop de but.

Donc au final, même si le background manque parfois d'approfondissement, que certains personnages sont montrés sans jamais vraiment être présentés ou exploités suffisamment, on sent que le film a quand même cherché à apporter une certaine réflexion quant à son univers, tant pour le système global de vie des gens présentés que pour leur apparence ou leurs questionnements moraux. Et si le tout manque d'approfondissement, c'est à mes yeux un choix logique et pertinent au vu du "discours cinématographique" proposé : c'est avant tout un film d'action survolté, et trop d'explications, trop de développement auraient nuit au rythme de l'ensemble. La preuve : les moments les moins intéressants sont ceux où l'action baisse d'un ton et où l'aspect survie est plus mis en avant. On pourra toujours arguer que Mad Max 2 conciliait très bien tout cela, et c'est justement à mes yeux ce qui rend ce Fury Road quelque peu inférieur à son aîné.

Mais donc, outre toutes ces questions de background, en quoi Fury Road peut-il évoquer un remake ? Eh bien j'ai eu l'impression de revivre la scène du camion du 2 étalée sur tout un film, avec énormément de clins d'oeils pour faire plaisir aux fans (la boite à musique, Max qui commence accroché au pare-choc d'un véhicule, le shotgun qui s'enraye la première fois, plein de petits détails) et un modus operandi globalement similaire. Du coup, forcément, c'était un peu redondant, sans que ce ne soit vraiment préjudiciable, parce que George Miller parvient à renouveler l'action continuellement, tout en restant continuellement dans la course poursuite de gros camion. Avec des variances dans les décors (bien plus démesurés et assumés dans leur non-réalisme), dans les raids des poursuivants, avec toute cette armada farfelue, mais originale et surtout avec cette qualité majeure de la série, préservée malgré le côté plus lisse : dans Mad Max, n'importe qui peut mourir (à part Max), et la caméra ne perdra pas forcément de temps sur les cadavres, déjà abandonnés sur cet autoroute sans fin. Pas le temps pour les grands sentiments, Max et son camion n'attendent pas et on évite (presque toujours) le dramatique pesant. Bon, on n'échappe quand même pas à une petite intrigue amoureuse ratée, mais dans l'ensemble Fury Road reste cohérent par rapport à son postulat de départ : de l'action pure et dure, sans concession.

Au final, Fury Road est sans doute plus un "reboot" qu'un "remake", une version actualisée de la série, et sans doute une porte ouverte à des suites. Ce serait chouette, parce qu'on a quand même jamais aussi bien filmé la route et qu'il y a sûrement moyen de montrer d'autres facettes de l'univers.

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