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J'ai perdu l'habitude de me précipiter voir les dernières grosses sorties lors des premiers jours, mais baste ! Un cas de force majeur m'oblige à filer au cinoche aujourd'hui et quoi de mieux que les nouvelles aventures de ce bon vieux Max pour profiter d'une jolie pluie et replonger un bref instant dans la frénésie du moment, frénésie dont les premiers retours sont d'ailleurs tellement positifs qu'on se surprend à espérer quelque chose d'un peu plus bandant que la tôle froissée de la bande-annonce.

Et, miraculeusement, je me retrouve devant un film d'action bien filmé. Je ne sais pas depuis combien de temps je n'avais pas vu un blockbuster confié à un cadreur capable de tenir sa caméra sans trembloter, à un monteur exempt de toute épilepsie ou à un réalisateur qui maîtrise admirablement son métier en la matière.

Car oui, George Miller sait toujours aussi bien filmer la route, c'est déjà un petit miracle en soi qui pourrait inciter à pardonner beaucoup de choses, et gageons que les amateurs de métal hurlant et de pneus cramés trouveront plus facilement leur bonheur ici que dans dans n'importe laquelle des aventures du Diesel sans plomb qui envahissent régulièrement nos écrans.

J'imagine d'ailleurs que c'est uniquement par ce genre de comparaison que le film monte déjà aussi haut dans les coeurs de mes petits camarades du site, visiblement en roue libre aujourd'hui, le cheveu au vent et le cuir luisant mais je me demande quand même si tout cela ne frise pas le farfelu plus que de raison.

Mad Max, pour les petits jeunes gens qui nous regardent, c'est, passé un premier épisode aussi fauché que mythique, le modèle du genre post-apocalyptique moderne, le tout sur fond de panne d'essence et avec du sable plein les yeux. Miller reprend donc le volant trente ans après le dernier opus et commence par faire table rase des plus gros défauts de son dernier : on commence par virer la chevelure trop abondante du héros et on oublie tout de suite le côté gentiment mièvre avec des gosses trop bronzés.

Et donc, à part les rares moments de pause d'ailleurs assez mal gérés, le film propose deux heures de course-poursuite à toute vapeur entre le gentil mutique et ses ouailles et les gros méchants dégénérés sans pitié mais toujours cloutés jusqu'aux oreilles. En cela, le film va remplir sans faillir le cahier décharge et les explosions de véhicules en tous genres remplissent comme prévu les mirettes énamourées du spectateur docile. Malheureusement, le vieux bougon qui veille en moi peut difficilement se contenter de deux heures pas trop ennuyeuses avec des portières qui volent et de ressortir complètement vidé d'une séance sans même se souvenir d'une image marquante deux minutes après le film...

Car si le deuxième opus ne brillait pas toujours par sa finesse et si le punk 80s n'a pas grand chose à envier dans le ridicule avec l'albinos d'aujourd'hui, il y avait tout de même auparavant dans les Mad Max de quoi satisfaire l'amoureux des mondes perdus, la survivance était convenablement décrite, les enjeux maîtrisés et il ne s'agissait pas uniquement de se laisser embarquer dans un grand huit un peu idiot jusqu'au final attendu en remerciant le ciel que la durée soit tout juste adaptée à la petitesse légendaire de ma vessie déficiente.

Il n'y avait que dans les brefs moments de pause, au début et chez les vieilles, que le film pouvait proposer quelque chose d'intéressant dans son genre, malheureusement, les deux moments sont gâchés par une sorte de glauque facile dans la forteresse et par un filtre bleu bien détonnant dans le désert. On retrouve d'ailleurs un peu des scènes moisies du dernier Batman entre le monde troglodyte malsain et Tom-the lips-Hardy avec son masque d'Hannibal Lecter, ce qui n'est jamais une bonne nouvelle, même si la comparaison est à l'honneur de ce Mad Max.

D'ailleurs, ce pauvre Hardy ne sert plus à grand chose, c'est à se demander pourquoi le vieux Gibson n'aurait pas pu rempiler, avec la force de sa dureté mélancolique en lieu et place de ce service minimum interchangeable qui ne fait pas gloire au personnage, c'est peu dire que les lèvres n'ont pas dépassé le maître en tout cas, et pour essayer d'avoir un personnage un peu tenu il vaut mieux de tourner vers les donzelles, enfin, une en fait, parce qu'entre les pondeuses inutiles en sucre et les sauvageonnes suicidaires, il n'y a guère que Charlize Theron pour incarner un peu quelque chose de plus épais que du papier à cigarette et le moins qu'on puisse dire c'est qu'en énième guerrière tondue elle fait plutôt bien le job et empêche le film de n'être qu'un embouteillage idiot de carburant brûlé.

Parce que, le scénario, quand même, ce n'est pas vraiment ça, entre les tactiques idiotes des deux côtés, les tentatives avortées pour utiliser les rares éléments utilisables (le laisser-passer par exemple), le faux suspense de l'enlisement et le gâchis permanent des trois denrées vitales (essence, eau et munitions, la bouffe n'existe même pas en dehors de deux cafards à grignoter), le film se contente du minimum syndical et échoue systématiquement dans ses possibilités d'instaurer une vraie dramaturgie de la poursuite, même avec une tempête de sable bienvenue.

Et avec ça, l'ensemble est lamentablement gâché par les flashs traumatiques de ce pauvre Max qui sont utilisés jusqu'à l'écoeurement pour la plus grande douleur des âmes sensibles. C'est dommage quand même, parce qu'à part deux ou trois accélérations disgracieuses, la lisibilité des scènes d'action est très rafraichissante, il ne manquait pas grand chose pour offrir au film ce petit supplément d'âme qui sauve de l'anodin, cette capacité vitale à faire sourdre l'émotion quand on ne l'attend pas, dans la force même du mutique et monolithique héros (on échappe, dieu merci, à la traversée du disert, parce que la novlangue était assez laborieuse...) et à proposer enfin autre chose qu'un produit calibré qui n'échappe au standard que par l'infinie médiocrité de ce que celui-ci est devenu.

Et c'est d'autant plus dommage que d'émotion, la séance en fut pourvue, juste avant le film, lorsque la salle bondée du meilleur cinéma de la ville retenait son souffle comme un seul homme aux premières notes de la partition légendaire de John Williams et que, dans un désert autrement bouleversant, la carcasse d'un croiseur interstellaire naufragé se présentait aux regards.

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