Coiffeur pour drames.

Avis sur Maniac

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Quand on a vu le Maniac de Lustig avec l’énorme Joe Spinell, on se doute bien qu’une version 2.0 co-produite par Aja et Langmann embarquant l’horripilant Elijah Wood risquait fortement de faire se dresser les cheveux sur la tête, voire de passer pour une posti…pastiche de son illustre modèle (promis j’arrête avec les cheveux et l’humour contextuel).

Sans posséder complètement l’aura de l’hommage qu’il aurait voulu être, le film de Khalfoun passe au moins pour un remake honnête, qui sent bon l’amour du matériau d’origine et l’envie de bien faire. C’est déjà pas si mal.

Le problème de son Maniac provient de ses parti pris. Non pas qu’ils soient mauvais —loin de là— mais ils s’avèrent inégaux dans leur ensemble. Le choix de la vue subjective est une très bonne idée ; c’est pertinent, c’est bien gaulé, c’est efficace. La réalisation est léchée, la photographie froide mais respectant la palette chromatique du premier film colle parfaitement à l’image du Los Angeles nocturne et fantomatique (en lieu et place de New York) que l’excellente B.O de Rob nous dessine. On est d’ailleurs vite séduit par l’aspect artistique, dès la très bonne scène d’ouverture, même si on sent bien que Drive est passé par là.

Non franchement c’est chouette, et même Wood envoie du bois, on sent qu’il a buché pour son rôle. (cymbales + boite à rire)

C’est peut être ce parti pris particulier qui constitue la surprise à rebrousse poil la plus intéressante du film. Inutile de préciser que la comparaison avec Spinell ne tient pas une seconde —faute aussi à une écriture lacunaire, mais le nabot s’en sort très honorablement avec ce qu’on lui donne.

On regrette assez vite cependant cette volonté appuyée de ne pas trop s’éloigner du modèle, reprenant avec la perte d’éclat de rigueur certaines situations (la scène du métro) ou calquant pâlement ce qui a déjà été fait (la fin, qui perd toute la puissance fantasmagorique et anxiogène d’origine faute de réelle audace).

Khalfoun aurait aussi dû aérer ses séquences de meurtre, qui par leur manque d’espace perdent en impact, tant sur le spectateur que sur la crédibilité de l’histoire. Le tout, même si bien foutu, manque cruellement de scènes chocs du genre de la fulgurante séquence du fusil à pompe que Savini s’était éclaté à monter 33 ans plus tôt.

Ces défauts n’enlèvent rien à l’agréable sensation de voir un objet ciselé, esthétique mais sincère, ne manquant pas de bonnes idées malgré une élaboration scénaristique un peu évasive. Une pellicule de vernis lipstick néon sur un mélange d’Eros et de Thanatos qui décoiffe (hohoho), un soupçon de malaise qui fait du bien à voir au ciné ces temps ci, du genre qui déstabilise les merdeux de la salle venus fêter leur premier poil pubien devant un film interdit aux moins de 16 ans avec toujours autant de manque d’éducation.

Il en aurait pas fallu beaucoup plus pour que je lui mette un 7, ça s’est joué à un cheveu.

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