👉 20 mai : Mise à jour de notre journal de bord (qui devient hebdo)
Le bilan de la nouvelle version du site est accessible ici.

Voilà un film très spécial (euphémisme) qui ne plaira pas à tout le monde, loin de là. Il en hérissera même probablement beaucoup, ne serait-ce que par le traitement de son sujet. D'abord, nombreux sont encore ceux qui se bouchent les oreilles et les yeux quand on leur parle de "science-fiction". Quant aux amateurs de SF, ils ne trouveront pas ce qu'ils voient d'habitude (même si le genre est caractérisé par une palette très diversifiée).
Et pourtant, il s'agit d'un long-métrage magnifique, qui parvient à transmettre une émotion et une réflexion rare.
Lars von Trier nous a de fait habitué à des beaux films souvent dérangeants. Celui là réussit à interroger le sens de la vie, bien mieux que le bancal "The Tree of Life", et sans doute (tout en étant assez différent) aussi bien que le troublant "Nostalghia" d'Andreï Tarkowsky.
Il est d'ailleurs tout à fait stupéfiant que ce soit "The Tree of Life" qui ait eu la Palme d'or au festival de Cannes 2011 et non "Melancholia" (peut-être est-ce à cause des frasques et des dérives verbales de Lars von Trier ?).
Le film est construit comme un opéra, avec une ouverture et deux actes. L'ouverture prend pour bande musicale celle de "Tristan et Isold" de Richard Wagner, et plonge le spectateur dans une série de scènes hallucinées, d'apparence plus oniriques que réelles. On comprendra par la suite qu'elles sont la combinaison des angoisses d'une des personnes principales (Kristen Dunst, prix d'interprétation féminine tout à fait justifié) et de ce qui se passe dans la seconde moitié de l'histoire.
Passé ce prologue, la première partie (ou le premier acte) tourne autour d'une parmi deux sœurs : Kristen Dunst et Charlotte Gainsbourg (la deuxième aurait d'ailleurs mérité de partager le prix d'interprétation féminine). La première sœur donc, célèbre un mariage magnifique dans une superbe propriété digne de la jet-set. Mais, alors que tout devrait concourir à faire de cette soirée le plus beau jour de sa vie, son monde intérieur s'écroule en une confrontation Bergmanienne (Charlotte Rampling en mère glacée est sublime). L'oscillation entre le drolatique et le grinçant est d'une grande justesse de ton. Sans doute quelques passages sont-il un peu cérébraux, ou exigent-ils une culture artistique pas si fréquente (la scène où Kristen Dunst remplace les peintures abstraites de Kandisky et autres, par Bruegel, Caravage ou les préraphaélites anglais...), mais tout est filmé avec grande maîtrise de la narration pour traduire un désarroi mental qui n'est jamais exposé, le rendant aussi plus fort.
Le deuxième acte prend pour personnage central la deuxième sœur (Charlotte Gainsbourg). Quelques temps plus tard, elle décide d'accueillir avec son richissime époux (Kiefer Sutherland, très bien aussi) une Kristen Dunst devenue totalement dépressive. Cependant, ce qui pourrait être une "banale" tentative de la part de gens "sains" de sortir une de leurs proches d'une situation de mal-être profond, prend une dimension totalement différente lorsqu'il s'avère qu'une planète vagabonde s'approche de la Terre et menace de la détruire.
Dans ce contexte, les plus forts au quotidien ne sont pas ceux qui se révèlent les mieux adaptés pour affronter ce péril. Kristen Dunst se montre en effet plus capable d'attendre cet astre, comme une Isolde ne pouvant accepter un amant humain (l'ouverture de l'opéra de Wagner revient régulièrement en leitmotiv musical).
L'alchimie psychologique fonctionne jusqu'au bout, et on en sort sans doute aussi secoué (mais pas pour les mêmes raisons) qu'après le visionnage de son très oppressant tout premier long métrage "Element of crime". Reste que cette fois, en dépit du sujet, on en sort léger.
LaureB
10
Écrit par

il y a 10 ans

3 j'aime

Melancholia
TheScreenAddict
10
Melancholia

Monumental !

Jusqu'à présent, nous n'avions vécu la fin du monde au cinéma qu'à travers un nombre incalculable de films catastrophe, souvent outrancièrement spectaculaires, presque toujours issus des studios...

Lire la critique

il y a 11 ans

139 j'aime

29

Melancholia
Thaddeus
5
Melancholia

Le nombril de Lars

Comme souvent, il est difficile d'émettre un avis valide sur un film qui a été tant commenté, et qui a conquis dès sa sortie une très grande notoriété auprès du public cinéphile, y compris parmi ceux...

Lire la critique

il y a 10 ans

132 j'aime

15

Melancholia
Marius
10
Melancholia

Melancholia and the infinite sadness

Bon, Lars von Hitler à 8 heures du mat, c'était pas gagné (qu'est-ce qu'on ferait pas pour voir des films danois avant les autres)... Mais se réveiller devant un astre sombre, sombrer avec ces jeunes...

Lire la critique

il y a 11 ans

103 j'aime

23

Le Troupeau aveugle
LaureB
9

Une capacité d'anticipation rare des questions d'environnement

Voilà certainement un roman qui aurait mérité 11/10 à sa sortie, il y a près de quarante ans... John Brunner est certainement moins lu ces temps-ci qu'il y a quelques décennies... C'est sans doute...

Lire la critique

il y a 10 ans

11 j'aime

L'Armée des 12 singes
LaureB
9

Peut-on souhaiter la (quasi) disparition de l'humanité ?

Le point de départ théorique de "L'Armée des 12 singes" est un court métrage très elliptique (et beau) de 1962 du trop mal connu cinéaste français Chris Marker : "La jetée". Mais le lien s'arrête...

Lire la critique

il y a 10 ans

9 j'aime

We Are Legion: The Story of the Hacktivists
LaureB
10

Un documentaire très sérieux et très bien construit

"We are legion" est un documentaire très sérieux et très bien construit, qui permet de se faire une idée claire de la pourtant complexe nébuleuse des Anonymous. Loin des présentations manichéennes...

Lire la critique

il y a 9 ans

6 j'aime