Le prime time était presque farpait

Avis sur Mi gran noche

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Voici un film qui laisse le sentiment d'un grand bordel fichtrement bien organisé, se regardant tel un divertissement au geste large et au discours intelligent. Mi gran noche n'est rien de moins qu'une satire mordante de la sphère télévisuelle dépeinte dans toute son hystérie, sa vulgarité, son cynisme et son inconsistance. Si en effet le trait esquissé par le talentueux Alex de la Iglesia demeure un tantinet forcé voire excessif le registre et le genre s'y prêtent tout à fait en l'occurrence.

En concentrant son action sur quelques heures et dans le cadre quasiment unique d'une émission de variété marquant le coup d'un Nouvel An prémédité ( émission présentée avec son alternative extérieure, à savoir un authentique "grand soir" mêlé de bruit et de fureur...) le réalisateur parvient à créer un suspense jubilatoire autour de ce microcosme au coeur duquel les figurants comblent des places vides comme autant de bouche-trous et où les directeurs de programme arborent un look de proxo proche du ridicule...

Certes le film a parfois la main lourde dans ses effets volontairement tapageurs, mais il témoigne d'une science et d'une connaissance cinématographiques suffisamment probantes pour être signalées. Entre autres références on songe au cinéma d'Alfred Hitchcock et à celui de son élève Brian de Palma ( notamment au dernier quart d'heure de son Phantom of the Paradise ou encore à certains moments de Snake Eyes ), à un film comme Strange Days ou encore au récent Reality de Matteo Garrone. Assez cut dans son découpage, endiablé même dans ses scènes les plus réussies Mi gran noche évite pourtant l'écueil de certains poncifs convenus d'avance : peu ou prou de drogues dans cette peinture grotesque de la gloire et de la gaudriole, une vulgarité et un exhibitionnisme réguliers mais jamais injustifiés et surtout un regard éloquent porté sur toute cette fumisterie pour laquelle une bande de sbires s'affaire au possible, en s'escrimant à fabriquer du vent et du ( mauvais ) rêve.

La décomplexion affichée par Alex de la Iglesia peut tout aussi bien être prise à la lettre qu'au degré supérieur, et provoquera soit une fascination inconfortable ( dans le cas premier ) soit une certaine drôlerie en forme de décalage ( dans le deuxième cas ). Mi gran noche reste un film riche et généreux, loufoque mais également terriblement lucide et pertinent sur le monde du petit écran et de ses marionnettes à la Marx Brothers. Un grand film burlesque.

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