Après une panne de courant dans son immeuble, David Stillwell (Gregory Peck) découvre avec horreur qu’il est amnésique, ne se souvenant guère que de son nom, de son métier et de ses principales habitudes. Lorsqu’un homme armé arrive chez lui, il ne comprend donc absolument pas ce qu’on lui veut. Cherchant un moyen de retrouver la mémoire, il est alors confronté à un gros problème : par où commencer, lorsqu’on ne sait même pas qui on est ?
Le problème de tous les films policiers réalisés après Hitchcock, c’est que la comparaison est inévitable. Pourtant, cet excellent thriller paranoïaque tient bien la comparaison avec le Maître du suspense, qui se fait sans déshonneur pour Dmytryk.
En effet, grâce au scénario diabolique de Peter Stone, adapté d’un roman d’Howard Fast, Mirage parvient à happer de sa première à sa dernière minute un spectateur qui se découvre tout aussi perdu et ahuri que le personnage principal qu’il suit. En immersion totale durant 1h45, on peine en effet à se démêler de cette histoire de faux-semblants, si invraisemblable qu’elle en paraît terriblement authentique, aidée en cela par le talent de ses interprètes, à commencer par Gregory Peck et la charmante Diane Baker, sans oublier un Walter Matthau comme toujours épatant.
Rythmé par des dialogues dont la verve n’est pas sans rappeler le Stanley Donen de la grande époque (Charade, Arabesque), même si l’élégance de ce dernier reste inatteignable, Mirage se révèle donc un grand film policier qui, derrière le divertissement, n'oublie pas d'aborder des sujets de fond (ici, la déshumanisation de la science), et même si la fin pourra paraître légèrement faiblarde, ce qui est toujours le risque lorsqu’on brise le mystère d’une intrigue aussi délicieusement nébuleuse, elle n’entame en rien le plaisir total que l’on prend à découvrir encore une pépite injustement oubliée.