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MOI, TONYA (15,3) (Craig Gillespie, USA, 2018, 121min) :

Étonnant Biopic narrant le destin tragique de Tonya Harding, patineuse artistique, célèbre pour être la première à avoir fait un triple axel en compétition, qui va voir son ascension brisée par des soupçons d'agression envers sa rivale Nancy Kerrigan, juste avant les jeux olympiques d’hiver de 1994 à Lillehammer (Norvège). Le cinéaste australien Craig Gillespie peu reconnu jusqu’alors s’empare de ce fait divers dans le milieu sportif pour offrir une tragi-comédie de haute volée. Le metteur en scène débute dans le style faux-documentaire pour nous présenter le personnage de Tonya Harding entourée d’une troupe de personnes bigarrées venues de son entourage, par le biais d’interviews décalées.

Le long métrage raconte l’enfance compliquée de la championne, sous le joug d’une mère dictatoriale et alcoolique, jusqu’à la préparation des Jeux Olympiques d’hiver 1994 quand elle se retrouva soupçonnée d'avoir planifié et mis à l'exécution, avec son mari (sans que son entraîneuse soit au courant), l'agression de sa rivale Nancy Kerrigan. Le cinéaste impose d’emblée une virevoltante mise en scène inventive pour illustrer de façon dynamique cette comédie noire sur la glace convoquant aussi bien Les Affranchis (1990) de Martin Scorsese que l’humour mordant du cinéma des frères Coen.

Craig Gillepsie profite de cette histoire vraie pour nous proposer également une lutte des classes où : « Tonya est l’Amérique », sortie d’un milieu redneck stupide et violent se retrouve confronter à une rivale de la middle class correspondant mieux à ce que l’Amérique veut montrer aux yeux du monde. Ce détonnant Biopic pop aux nombreuses séquences de patinage inhabituellement dynamiques, est composé d’un casting épatant, filmé non sans stéréotype mais avec bienveillance, même envers les personnages les plus terribles leur donnant ainsi malgré tout, une certaine dignité dans leur côté pathétique. Le cinéaste propose un hallucinant récit tragicomique illustrant une narration linéaire dynamique éloquente. Cette réjouissante et pertinente chronique sportive et sociale possède l’atout majeur d’un casting judicieux.

Pour incarner le rôle de Tonya Harding, le réalisateur a eu la bonne idée de faire endosser le costume à paillettes à la sensationnelle Margot Robbie (Suicide Squad), totalement habitée par son personnage sur le fil de sa lame, où même ses clopes viennent se heurter sur la tranche d’acier, avant la fin...Sans oublier la prestation sidérante d’Allison Janney en mère diabolique. Des « performances » d’actrices déjà d’être maintes fois récompensées avant la course à l’Oscar qui se déroulera le 4 mars au Dolby Theater de Los Angeles.

Venez-donc redécouvrir l’envers du décor de cette histoire tragique, car même si elle n’est pas un ange, souvenez-vous : « Tonya Harding est l’Amérique et l’a toujours été » dans Moi, Tonya. Prenant. Caustique. Séduisant.

seb2046
7
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