Triple Axel et Mandales dans la Gueule

"Moi, Tonya" est pour moi un film coup de poing : au sens propre, comme au figuré.


Brut dans sa réalisation : avec des acteurs qui s'adressent directement à la caméra , et donc à toi, spectateur assis dans le confort de ton siège de cinéma ; il aborde aussi sans détours la brutalité de ce sport si esthétique. Derrière les sourires, les paillettes et les pirouettes spectaculaires, la violence est au tournant.


Et c'est d'autant plus vrai pour Tonya Harding, qui dès son plus jeune âge, est éduquée à coups de mandales, d'insultes proférées par une mère toxique qui n'aspire qu'à une chose : humilier sa fille au quotidien et jubiler de la voir échouer, tomber ... en dépit de l'incroyable pugnacité et du talent évident de la jeune patineuse.


Seul ce père aimant dont elle est proche, lui apporte un semblant de douceur et d'amour dans ses jeunes années ; avant qu'il ne renonce à faire partie du tableau, devant l'insoutenable perversion de son épouse. A son tour, il abandonne la petite Tonya à son triste sort, qui pourtant le supplie de rester pour elle. Scène terrible de cette petite fille abandonnée par un père qui ne peut rien pour elle et qui signe en filigrane, son tragique destin à venir.


Livrée à elle-même, Tonya cumule entraînements intensifs et désarroi d'une vie où pleuvent les coups : ceux de sa mère, puis de celui dont elle s'éprend, Jeff Gillooly. S'enchaînent des scènes d'une violence sans filtre, qui se multiplient jusqu'à l'écoeurement, pour montrer la singularité de la vie quotidienne de cette jeune athlète.


Tandis que ses adversaires passent leur temps à s'entraîner, Tonya jongle entre petits boulots où elle n'est rien, moments passionnés avec son mari qui, après de pitoyables excuses, la frappe, toujours plus fort et compétitions, où elle est mise au ban par des jurés qui n'aiment pas son style criard, ses fringues ringardes, son maquillage posé à la truelle.


Peu importe qu'elle soit la première américaine à réaliser le si athlétique et mythique triple axel (en réalité, 3 rotations et 1/2 en l'air, un exploit physique !), elle cumule les échecs en compétitions et ne manque pas d'insulter copieusement ces juges arrogants qui ne la trouvent pas vraiment American Dream.


Et en dépit de sa pugnacité, de sa volonté sans relâche d'obtenir les notes qu'elle mérite, elle échoue au pied du podium lors des JO de 1992, en raison d'une chute qui la classe 4ème. Le destin s'acharne.


Lorsqu'une seconde chance inespérée se présente à elle - de nouveaux JO d'hiver sont exceptionnellement programmés en 1994 - elle se met d'accord avec son mari, pour évincer par la peur, sa rivale de toujours, aimée du grand public : Nancy Kerrigan, l'élégante, la délicate, l'incarnation du rêve américain.


Mais les événements prennent un tournant plus tragique que le scénario prévu et Nancy Kerrigan est agressée violemment. Très vite, les médias s'emparent de l'affaire et désignent une coupable toute trouvée : Tonya.


Et même si elle participe aux JO, le sort s'acharne définitivement, avec ce moment surréaliste dont je me souviens parfaitement : des lacets trop courts, qui manquent de l'évincer prématurément de la compétition, l'entrée fébrile sur la glace, la chute inévitable, les pleurs, les juges qui acceptent qu'elle reprenne sa chorégraphie (du jamais vu en compétition !) et ... la fin de sa carrière, en direct sur la glace. Reléguée en 8ème position, comme une athlète de seconde zone, loin derrière l'époustouflante Oksana Baiul, gracile comme un cygne, légère comme une plume !


Et comme un couperet fatal, un dernier coup de lame planté dans le coeur de Tonya, son bannissement à vie du monde du patinage, "pire qu'une peine de prison à vie", vient parachever son destin. Résiliente et forte jusqu'au bout, elle tente de se réinventer dans le milieu de la boxe féminine. Tragique et sublime !


Je suis de fait époustouflée, admirative de la pugnacité qui fût la sienne, pour tenter de transcender sa destinée si singulière - écrite en lettres de sang et de glace - et je remercie Craig Gillespie d'avoir donné à Tonya Harding la possibilité de raconter sa vérité, l'histoire qui fut la sienne.


Brute, brutale, brillante !!!

Glaminette
8
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Le 16 avril 2018

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