Affreux, sale et gnangnan

Avis sur Mon pire cauchemar

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"La chèvre", "L'emmerdeur", "Le corniaud", "Tenue de soirée"... autant de comédies basées sur les personnages contrastés. Des films qui fonctionnent car ils reposent notamment sur de bons acteurs et des dialogues soignés. Et c'est le cas ici, en partie du moins. La première demi-heure est même assez drôle, ce n'est pas du Francis Veber des années 80 mais ça reste très efficace.

Un Benoît Poelvoorde, en grande forme, campe un beauf XXL avec une aisance rappelant les grandes heures de Jean-Pierre Marielle chez Joel Séria.

Le problème est bien du côté du personnage antagoniste. Isabelle Huppert est une actrice intouchable dans le registre dramatique, même si on peut noter chez elle une tendance au pilotage automatique ces dernières années. Elle joue ici, sans trop se fouler, une caricature de snobinarde glaciale.

Sur le papier le décalage avec Benoit Poelvoorde est prometteur. Hélas la multi césarisée n'a pas la moindre fibre comique en elle. Quand De Niro ou Lino Ventura s'essayent à la comédie, ils exploitent un rôle en contre-emploi. Cela produit un décalage entre leur image usuelle de gorilles, mauvais garçon, flics et ce rôle décalé qu'ils endossent de manière exceptionnelle. Mais pour réussir ce exploit, il faut un minimum de fibre comique, or cet instinct fait totalement défaut à Huppert. Elle n'a jamais joué ce registre, elle le découvre vaguement sur le tard (on va pas essayer de faire croire aux gens que 8 femmes est une comédie et qu'il suffit de se mettre une grosse paire de lunettes pour être drôle), et c'est peu dire qu'elle ne provoque aucun rire.

En revanche André Dussolier fait toujours bien le taf quand il s'agit d'incarner un grand bourgeois coinços qui rêve de s'encanailler dans les bras d'une blonde écervelée. Et c'est le duo Poelvoorde / Dussolier qui aurait du être mis en avant. Fontaine a préféré la comédie romantique au film satirique qui lui tendait pourtant les bras.

Et même ce curieux choix est mal concrétisé. Il faut bien avouer qu'on ne croit absolument pas à la romance entre Poelvoorde et Huppert, et c'est un défaut majeur du film. L'essentiel était que Poelvoorde ruine la vie calibrée de cette bourgeoise imbuvable, enfin c'est ce qu'aurait proposé avec causticité un Etienne Chatiliez.

Très dommage, car en gardant une férocité tout le long "Mon pire cauchemar" (purée même le titre est ringard) aurait pu être une bonne petite comédie, ce qui n'est pas si fréquent dans le paysage français des années 2010. Dommage.

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