Apis & Mnemosis..

Avis sur Mr. Holmes

Avatar Apostille
Critique publiée par le

Sans avoir aucunement entendu parler de ce film, je me suis rendu dans les salles obscures sur son titre et le nom de Ian Mckellen. Parvenu devant l'hôtesse de caisse, j'ai découvert avec plaisir qu'il serait en version originale sous-titrée, encore mieux !.

Je me doutais bien, vu l'âge avancé de l'acteur principal, que ce serait un récit (une enquête ?) mettant en scène un Sir Holmes quelque peu vieillissant. C'est donc bien le cas. Et l'enquête n'est que la trame de fond d'une histoire bien plus intimiste qu'il n'y paraît.

Le vénérable enquêteur, devenu vieillard valétudinaire à la mémoire fuyante, tente de retenir ses souvenirs dont les bribes lui apparaissent avec parcimonie. Usant d'expédients animaux (gelée royale venue de ses ruches) ou végétaux (décoction de hêtre épineux issu de l'atoll nippon), Sherlock tente de lutter contre l'inexorable... par la raison, sa force de toujours.

Entouré par sa gouvernante et son fils, un garçon prometteur à l'esprit vif, l'ex-détective lit, se promène et s'occupe de son rucher. Il tâche de rédiger de la façon la plus factuelle possible le déroulement de son ultime enquête afin de rétablir la vérité romancée par feu son ami le docteur Watson dans ses écrits. Ce n'est point aisé lorsque sa mémoire lui glisse de l'esprit comme du sable entre des doigts gourds. Ce qui apparaît quasiment comme un huis-clos dans un cottage reculé en bord de falaise met en exergue les relations entre les personnages, qu'ils soient présents dans l'instant ou convoqués depuis un passé mémoriel.
A cet égard, Ian Mckellen joue avec une belle subtilité son personnage à quelques décennies d'intervalle : l'un est encore alerte et mène sa dernière enquête depuis Baker street tandis que l'autre, devenu égrotant, doit de plus en plus demeurer alité dans son havre gris.
C'est cette même subtilité qui se dégage de l'ensemble de ce film, plutôt lent et quasi contemplatif parfois. Au milieu de cette fin de vie relativement tourmentée pour les regrets, l'émotion surgit au détour d'une conversation, d'un geste, d'un regard. Si les dialogues ne sont pas légions, ce sont bien certains silences qui pourront toucher le spectateur, attendri par l'attachement que voue cet homme à ce jeune garçon. Et que dire de la question, de l'offre, de la supplique de cette femme esseulée autour de laquelle tourna la dernière enquête de Holmes ? La réponse du brillant esprit tarde à venir et c'est durant ce temps suspendu que jaillit la poésie à l'état pur.

Accompagné par une superbe musique où le hautbois magnifie l'ambiance, ce film apparaît aussi intriguant que le mystérieux orgue de verre sur lequel jouerait en catimini la dame de l'enquête.

Si ce film eût pu paraître ennuyeux à certains, la délicate poésie qui l'habite m'a comblé et j'en ai fait mon miel.

Et vous, avez-vous apprécié la critique ?
Critique lue 1308 fois
16 apprécient

Apostille a ajouté ce film à 2 listes Mr. Holmes

Autres actions de Apostille Mr. Holmes