Le Tchernobyl du bon goût

Avis sur My Movie Project

Avatar Julien Lada
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Avant même de passer pour un pisse-froid, je préviens d'emblée, la vulgarité au cinéma ne me dérange absolument pas. Je me suis enfilé des Apatow movies par pelletées et vu bien trop de dérivés pourris de Scary Movie et consorts pour pouvoir me poser comme un apôtre du bon goût.

Mais tout faire au nom du mauvais goût et de la provoc' ne suffit pas. Movie 43 est, n'y allons pas par quatre chemins, un étron. Mais alors un vilain. La formule est dévoyée mais mérite ici d'être employée : j'ai rarement vu un aussi mauvais film que Movie 43. Ce film n'a rien, pas d'intrigue, pas de sens de la situation et pas de direction artistique (ce qui essentiel pour une bonne comédie). Non refroidi par les critiques cataclysmiques de la presse US les résultats très moyens du film au box-office et son tournage catastrophique (le film a été à juste titre renié par une grosse partie du casting 18 étoiles mystérieusement réuni au générique), j'ai tenté le plongeon. Et je suis entré dans la Quatrième Dimension, dans un voyage au bout de l'horreur.

Le pitch est pourtant intriguant : deux ados évidemment puceaux et insupportables veulent se venger de leur troisième ami évidemment nerd puceau insupportable en lui faisant croire à l'existence d'un film secret et interdit, le fameux Movie 43, qui... a l'air cool même si j'ai l'impression que les scénaristes eux-mêmes s'en foutent complètement de ce à quoi sert ce film étant donné que cela ne fait que changer au fur et à mesure. Enfin bref, c'est un film cool car rare et interdit. Alors le puceau nerd dit "challenge accepted" et se met à chercher sur les poubelles secrètes des Internets ce Movie 43, chacune de ses recherches renvoyant à une vidéo dégueulasse et bannie de Youtube, mais pas suffisamment trash pour correspondre à ce Movie 43 qui, on va finir par l'apprendre, existe vraiment. Un MacGuffin loin d'être original mais prétexte à un déroulement de saynètes qui pourrait être plaisant.

Sauf qu'il est à l'image du film : ça pourrait être au mieux correct, mais le film s'emploie à détruire méthodiquement chacune de ses rares bonnes idées avec un absolu manque de bon goût qui confine à l'indécence. Car Movie 43 n'est pas que vulgaire, il est presque insultant. Les saynètes ne sont pas écrites, n'ont aucune progression, se résument à un pitch lourdaud (Hugh Jackman avec une pomme d'Adam en forme de couilles LOL, Chris Pratt qui se bourre des laxatifs pour chier sur sa femme PTDR, un chat cartoon qui pisse sur Elizabeth Banks TROLOLOL, le gosse qui s'branle devant sa mère en cam' TAVU) prétexte à une série d'outrances qui mettent mal à l'aise par leur total refus de toute finesse, toute pudeur, toute intelligence. Movie 43 est simplement dégueulasse.

Dégueulasse car pas drôle. On ne rit jamais devant ce film, à aucun moment. Les gags sont lourds, surécrits, se devinent à dix kilomètres (les couilles de Jackman qui tombent dans le potage, les vannes sur les règles de Chloe Moretz...). Les acteurs cabotinent ou au contraire errent comme des âmes en peine à force de ne rien avoir à jouer. Et le spectateur s'emmerde, tout en étant consterné voire au bord du malaise devant les premiers sketchs, très douteux (mention spéciale à la minute inceste du sketch de Naomi Watts et Liev Schreiber). Cet humour gras et épais comme la plus indigeste des mélasses ne s'excuse pas. On aura beau me sortir "Ouais mais c'est les Farrelly qui produisent", cela n'excuse rien. J'adore quand on fait rire avec le pipi, le caca et les douleurs menstruelles, mais encore faut-il justement faire rire.

Le dernier quart d'heure atteint des sommets de n'importe quoi, tant et si bien que le film... n'a pas de fin. Oui, clairement, on nous sort une mini-scène post-apocalyptique et un deus ex machina, et basta. Générique de fin. Les mecs sont tellement largués et n'en ont tellement rien à foutre de ce qu'ils filment qu'ils ne daignent même pas écrire une fin. Et vraiment, quand je dis ça, je dis pas "une fin de merde". Je dis bien PAS DE FIN. Ah si, le sketch du chien de cartoon qui arrive out of nowhere (en plein milieu du générique de fin, va savoir) parce qu'on sait plus comment le caser dans l'intrigue.

Modèle de paresse, d'arrivisme et de fainéantise, Movie 43 est un naufrage intégral, l'exemple-même du film dont tu te demandes comment il a pu ne serait-ce qu'un instant être financé. Car en dépit des rares mini-idées qui existent çà et là (le sketch de Stifler et du mec de Jackass qui tabassent des nains, le seul qui ne m'ait pas donné envie de me crever les yeux ; le début de Truth or Dare entre Halle Berry et Stephen Merchant pas désagréable), Movie 43 annonce dès le début la bouse qu'il est. Il n'y a pas tromperie sur la marchandise et dès lors, ce projet devient presque fascinant. Le making of honnête de ce film doit être passionnant afin que l'on comprenne à quel moment des acteurs influents et talentueux comme Hugh Jackman, Emma Stone, Naomi Watts, Kate Winslet ou Chloe Grace Moretz et des types aussi drôles que Stephen Merchant, Aasif Mandvi, Chris Pratt ou Jason Sudeikis ont donné leur accord pour aller tourner dans ce truc en se disant que ça pourrait être bon pour leur carrière.

Si un jour Movie 43 a son "Lost in La Mancha", je suis sûr que ce serait un putain de grand film. Mais en attendant, fuyez cette horreur cinématographique à tout prix.

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