Aronofsky vogue vers le blockbuster intelligent

Avis sur Noé

Avatar Sébastien Decocq
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RoboCop, The Wolverine… Les producteurs le voulaient absolument à la tête d’un blockbuster ! Lui aussi d’ailleurs, notamment pour avoir accepté un temps de se lancer dans ces projets, avant de les abandonner pour avoir eu des différents avec les studios. En même temps, quand on s’appelle Darren Aronofsky et que l’on a à son actif des films comme Requiem for a Dream, The Fountain et Black Swan, la vision que l’on a d’un divertissement est forcément en contradiction avec celle des producteurs. C’est pour cela qu’Aronofsky, pour son premier gros blockbuster, se lance dans un projet indépendant. Entendez par là qu’il s’agit d’un long-métrage propre au réalisateur (cela fait 13 ans qu’il compte faire ce film), dont il est lui-même scénariste et producteur (avec un apport financier et de distribution de la part de la Paramount, qui conduira, même-là, à des divergences sur le montage final). En France, nous avons la chance de voir le Director’s Cut (la version du réalisateur). Et c’est donc celle-ci que nous allons critiquer !

Noé… Pas besoin d’être devin pour savoir de quoi parle le film ! Pour ceux qui ne verraient toujours pas, il s’agit du célèbre personnage biblique qui, après une vision de Dieu, fit construire une Arche pour sauver les animaux du Déluge (tempête, inondation) annoncé par le Créateur. Voilà ce qu’est le film Noé. Vraiment ? Une adaptation de 4 chapitres de la Bible dans un long-métrage de 2h18 ? Pari plutôt risqué, au risque d’avoir une coquille vide malgré un déballage visuel impressionnant. Mais rappelons-le : le réalisateur est Darren Aronofsky, et un blockbuster sous sa houlette diffère forcément de la norme.

Déjà, Noé est comme The Fountain. À savoir l’adaptation d’une bande-dessinée (ou roman graphique, selon les personnes) mise en images par Aronofsky lui-même et son collaborateur de toujours, Ari Hendel. Du coup, sur le papier, Noé s’annonce d’emblée comme un film au style visuel travaillé. Et dès les premières minutes, la couleur est annoncée ! Où le réalisateur, filmant les sublimes paysages islandais (Prometheus a décidément lancé cette mode d’aller tourner là-bas), met en scène des personnages, aux tenues et cultures plus développées qu’elles n’y paraissent (rappelons que nous sommes quelqus générations après Adam et Eve), qui côtoient des anges sous forme de golems (appelés les Veilleurs) et également plusieurs espèces animales qui nous sont inconnues (pour l’explication, ces dernières n’existeraient plus de nos jours). Des décors époustouflants et un bestiaire original, sans oublier des effets numériques (surtout pour la fameuse séquence du Déluge) et une musique qui se veut grandiose (bon boulot de la part du compositeur Clint Mansell). Offrant à Noé un côté heroic fantasy niveau ambiance plutôt agréable.

Et c’est là que le film pourra en faire fuir plusieurs, notamment les adeptes de la religion. Qui verront en Noé une totale aberration du récit biblique. Il faut dire aussi qu’Aranofsky raconte ce dernier à sa sauce, sans se soucier des modifications qu’ils apportent : les Veilleurs sont considérés comme des victimes et non des rebelles envers Dieu et qui aident à la construction de l’Arche, Noé ayant une seule femme et non trois, son âge (environ 50 ans contre les 600 annoncés dans la Bible)… Sans omettre le thème principal du film qu’est l’écologie.

Si Dieu provoque le Déluge, ce n’est parce que l’Homme a péché. Mais plutôt qu’il est une espèce destructrice. Un être vivant qu’il faut punir parce qu’il ne cause que mort et désolation autour de lui (la végétation, les animaux…). Dès lors, le récit biblique prend une tout autre dimension, plus actuelle, évocatrice et réaliste (pour dire, Dieu n’est jamais cité comme tel, mais plutôt comme le Créateur). Plus intéressante surtout ! Nous offrant des personnages savoureusement écrits. À commencer par Noé (bien évidemment !), un homme qui se veut intègre et juste mais qui, face à la déchéance humaine qu’il croit inévitable même pour les générations suivantes, se montre prêt à tout pour accomplir ce qu’il croit être le souhait de Dieu (même si cela consiste à tuer des nourrissons et laisser de pauvres innocents à la mort). Caïn, la parfaite personnification de notre société (se voulant tout puissant, au dessus des lois – et donc de Dieu –, qui exploite tout ce qu’il trouve pour en tirer profit et qui fait tout pour survivre). Ou encore la famille de Noé qui, à l’opposé de ce dernier, voit de l’espoir en l’Humanité et ce malgré ses vices. Le script de Noé repose donc sur cela : des conflits internes véritablement captivants, bien plus impressionnants que la séquence du Déluge (pourtant spectaculaire à regarder). Faisant de Noé un blockbuster efficace mais également intelligent, qui oblige à réfléchir sur ce que nous sommes et sur le monde qui nous entoure.

Après, il est dommage de remarquer que le film d’Aronofsky ait du mal, par moment, à assumer pleinement son cahier des charges. Dont le parti pris de nous livrer une histoire qui sonne heroic fantasy à 100%. Le réalisateur avait-il peur de s’attirer la colère des plus fervents religieux, au point d’y intégrer certaines images, certains symboles, qui rappellent l’aspect divin de l’ensemble ? Comme voir Adam et Eve, la fameuse pomme ou encore la colombe volant avec une branche d’olivier dans le bec ? Ou encore ce film très noir, très pessimiste (par le biais de ce Noé qui ne croit plus en l’Humanité), qui se termine néanmoins sous quelques rayons de Soleil et des lueurs d’espoir en ce qui concerne les générations futures. Une sorte d’happy end qui ne colle pas avec le reste du film ! Des défauts qui peuvent paraître mineurs dit comme ça, mais qui, lors du visionnage du film, donne l’impression de ne pas regarder le même spectacle. Que l’ensemble se montre bancal alors qu’il se présentait comme un blockbuster sans faille.

Mais au final, qu’importe ! Noé est ce que tout bon blockbuster doit être : divertissant et travaillé. Sans compter un casting sans faute (Russell Crowe, Jennifer Connelly, Ray Winstone et Anthony Hopkins son géniaux, mais ce sont les « jeunots » Emma Watson et Logan Lerman aka Percy Jackson qui étonnent le plus). Nous pouvons reprocher son inégalité dans sa thématique et dans l’ambiance, mais certainement pas rester de marbre face à ce qu’il nous livre ! Car honnêtement, des produits hollywoodiens aussi calibrés et peu mémorables que 47 Ronin ou encore 300 : la Naissance d’un Empire, cela en devient fatigant à la longue! Franchement, il aurait été intéressant de voir ce qu’auraient donné RoboCop et The Wolverine signés par Aronofsky.

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