Vies de chiens

Avis sur Nous, les chiens

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Sorti en 2011 en Corée du Sud Lili à la découverte du monde sauvage a été un immense succès dans son pays, bien mérité. Son exportation a été assez discrète mais c’est pourtant un film animé assez ambitieux, beau et touchant, qui ne peut pas laisser indifférent.

Bien des années plus tard sort le nouveau film d’ Oh Sung-yoon et Lee Choon-Baek, aux thématiques assez proches, mais à la réalisation renouvelée.

Une fois encore, le film interroge le rapport des animaux et des hommes, mais en en faisant son axe principal. Lili se sauvait d’un élévage intensif et inhumain, Moongchi est lui un jeune chien, abandonné par son maitre dans la nature, maintenant qu’il est devenu trop grand. Il n’est pas seul, d’autres chiens sont régulièrement abandonnés, qui vont le prendre sous leur patte. La vie n’est pas évidente, il faut fureter dans les poubelles, mendier un peu de nourriture, et éviter les assauts d’un chasseur de chiens qui prétend tenir un “refuge”. Cette communauté canine hasardeuse n’est pas la seule, d’autres chiens vivent plus loin, se nourissant de la chasse. L’inexpérience de Moongchi dans cette nouvelle vie va entraîner ces deux clans à la recherche d’un meilleur endroit pour vivre.

Ce rassemblement disparate de chiens autorise quelques profils plus divers, avec un certain degré de facétie, les bêtes adoptant parfois quelques comportements et paroles bien humains. Ils vont vivre quelques aventures, plus dictées par l’urgence que par leur choix, les rebondissements sont nombreux. L’humour est bien sur présent, la tendresse aussi, mais le danger aussi, et avec lui ses drames.

Avec leur quête d’un monde meilleur se dresse aussi le portrait d’un récit initiatique, d’abord subi par Moongchi avant qu’il n’en prenne les rênes. Son innocence et sa maladresse ralentissent le récit, jusqu’à la bêtise de trop qui déclenchera la suite des évènements. Dès lors la majeure partie de l’histoire va le suivre lui et ses compatriotes canins dans une quête partagée par tous, ennuis avec. Le procédé est plus classique que pour Lili, où l’enjeu était avant tout intime, mais cela n’empêche pas les pistes de réflexion de faire une nouvelle fois sens.

Il s’agit bien d’animaux, et pas n’importe lesquels, les meilleurs amis de l’homme. Pour beaucoup, ils ne comprennent pas ce qui leur est arrivé, cet abandon brutal, mais doivent l’accepter. Le comportement humain est donc pointé du doigt, lui qui veut contrôler la nature, la mettre en cage, la domestiquer mais aussi l’abandonner quand ils n’en veulent plus. Les personnes humaines rencontrées s’inscrivent avant tout dans des extrèmes, de la méchanceté pure à la bienvaillance idyllique, une exagération qui aurait gagnée à être adoucie, mais qui reflète bien notre rapport avec les animaux. Pour les chiens du film, il s’agit de se positionner, de définir leur part d’indépendance, s’ils peuvent vivre sans les humains.

Le duo coréen de réalisateurs met de l’eau dans son vin. Lili allait chercher les larmes, son histoire était dure et poignante, ce que certains ont pu leur reprocher, peut-être aussi habitués à un certain conformisme dans le ton des habituelles productions animées. L’apprentissage de Moongchi est plus classique mais le film est émaillé de scènes plus difficiles. Les premières scènes avec l’abandon imposent un cadre, avec la stupeur du jeune chien arrive la compréhension que l’homme n’aura pas forcément le meilleur rôle dans le film. La surprise laisse parfois la place à la sidération et à l’inquiétude : comment arriveront-ils à s’en sortir ? En avançant, malgré tout, avec la résignation nécessaire pour survivre.

La fin offrira d’ailleurs une conclusion un peu plus joyeuse que dans le film de la petite poule, bien que la nécessité d’offrir une accélération du rythme n’était pas nécessaire, ce passage apparaissant même de trop. Pourtant, l’idée derrière ce “paradis” que l’on découvre à la fin est assez bien vue, ajoutant une nouvelle dimension, légèrement politique à un film qui ne manque donc pas de surprises.

Le rendu visuel de Lili à la découverte du monde sauvage était d’ailleurs une belle surprise, ne se sacrifiant pas à la 3D mal maîtrisée. Quelques années plus tard, des concessions ont été faites, puisque la plupart des personnages utilisent un moteur 3D, mais recouverts d’apparats 2D, avec des contours tracés et des textures unies. S’ils gagnent en volume, cela se fait aussi au détriment d’une animation qui semble mécanique. Ils feront ainsi penser à des personnages de jeux vidéo, certains ayant d’ailleurs utilisé ce rendu visuel, avec les programmeurs aux manettes.

Ces modèles 3D s’animent pourtant dans des arrière-plans magnifiques, dont on perçoit le papier de qualité, doucement bosselé, où les couleurs s’expriment à l’ancienne, dans une grande recherche esthétique. Les visions des artistes sur le refuge des chiens sont ainsi mélancoliques, le lieu ayant été délaissé de ses occupants humains, y laissant leurs affaires, que les animaux tentent d’occuper comme ils peuvent. D’autres environnements témoignent d’un goût prononcé pour montrer les beautés de la nature, de sa verdure luxuriante et de la vie qui l’habite.

Cependant, sur un grand écran de cinéma, l’intégration de ces modèles sur de tels décors jure un peu. Sur un plus petit écran, ces défauts devraient s’atténuer mais à cause des ambitions artistiques de ce projet, il serait dommage de le voir sur un écran ridicule. Nous, les chiens possède un charme fort, loin de certaines conventions du genre.

Malgré un certain “adoucissement” de son propos, et quelques compromis, le nouveau film d’ Oh Sung-yoon et Lee Choon-Baek reste pourtant une oeuvre particulière, où l’humour et la tendresse vont de pair avec quelques passages plus durs. Le meilleur ami de l’homme est à son honneur, l’homme, un peu moins.

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