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Avis sur Parasite

Avatar Stephenballade
Critique publiée par le

Le réalisateur Bong Joon-ho prouve ici qu’on peut faire un excellent film à partir d’un scénario tout simple. D’autant qu’il parle de choses bien concrètes, rendues de plus en plus probables par la profondeur sans cesse grandissante des fossés séparant les classes sociales, et cela à cause de programmes politiques inadaptés.
Et la preuve en est que certains, quand ils sont au fond du gouffre, sont prêts à tout pour regagner la dignité et le droit de vivre décemment, après avoir fait le constat amer que l’honnêteté ne paie pas. Pas besoin de penser forcément à mal, le but étant de prendre une revanche sur la vie et que pour ce faire, un plan minutieusement préparé au préalable suffit en toute logique à se mettre à l’abri de toute mauvaise surprise et de s’assurer un meilleur avenir.
Plus aucune contrée ne semble être à l’abri de cet état de faits, le réalisateur, également co-scénariste, étant parti du constat que pour des personnes issues de milieux différents, cohabiter n’est pas chose facile. C’est effectivement de plus en plus vrai dans un monde où les relations humaines fondées sur les notions de coexistence et de symbiose se délitent, et où chaque couche sociale devient… étrangère voire parasitaire les unes envers les autres. Au milieu d’un tel monde, qui pourrait montrer du doigt une famille qui lutte pour sa survie en l’affublant de parasite ? Il me semble que le système permet de vivre sur le dos de la société, et il serait opportun de dire que ces parasites ont raison de profiter des avantages offerts par ce même système. Hélas, les aides sociales ne sont pas accessibles à tout le monde, et quand elles le sont, pas souvent au même taux, quand elles ne sont pas attribuées de façon aléatoire. Mais là n’est pas le sujet puisque ces aides ne sont pas évoquées. Y-en-a-t-il seulement en Corée du Sud ? Ne comptez pas sur moi pour le savoir, je n’en sais fichtre rien !
Non, l’histoire se focalise sur des gens comme vous et moi, des gens qui n’étaient pas forcément des parasites au départ, des gens qui étaient vos voisins, vos amis ou même vos collègues et qui ont été poussés malgré eux vers le précipice par un chômage qui vous colle à la peau, parfois agrémenté de petits boulots souvent mal payés. Bong Joon-ho a bien compris cela et il a si bien maîtrisé son sujet qu’il a fait de son film à la fois une comédie sans clown et une tragédie sans méchants.
Et il maîtrise si bien qu’il a su prendre le temps de décrire jusque dans les moindres détails l’arnaque qui se met en place sans que le spectateur ne prenne à partie cette famille dans le besoin. En effet, le public est invité à partager le quotidien de cette famille qui a décidé de se battre pour contrer une triste fatalité. Le plus étonnant est que toute cette première partie ne souffre d’aucun problème de rythme, mais à la longue on se demande quand même jusqu’où ça va aller. Et au moment précis où se pose la question, intervient le coup de théâtre, inattendu par sa forme, ce qui le rend percutant.
Dès lors les circonstances vont conduire tout le monde (les protagonistes et les spectateurs) dans un enchevêtrement de violences au cours duquel là aussi le spectateur va se demander jusqu’où ça va aller. Eh bien au gré du rythme grandissant, la situation va basculer dans une escalade sans fin et aboutir dans une chute vertigineuse vers la bestialité cachée au fond de chaque être, une bestialité synonyme de fond du gouffre, ou de point de non retour, tout cela dans une logique implacable, avec toujours cette même question qui reste : jusqu’où ça va aller.
Mais avant d’en arriver là, le rythme est formidablement aménagé pour faire comme si le temps s’arrêtait, laissant alors s’exprimer les moments de tensions dans leur plus belle mesure. Il en ressort à ce moment-là un suspense assez savoureux et il nous est alors impossible de savoir dans quelle direction l’épilogue va se diriger.
Mais là où réside en plus tout le génie du cinéaste, c’est d’avoir su capter par moments plusieurs actions simultanées dans un seul et même cadre. Aussi le sous-titrage, pourtant nécessaire, s’en trouve vite gênant pour tous ceux qui n’ont pas l’habitude de regarder les films en V.O. car on craint de louper quelque chose, à commencer par l’expression corporelle des différents acteurs (ils sont tellement excellents, ma préférence allant toutefois vers Park So-Dam dans le rôle de Ki-Jung). Fort heureusement, on s’en accommode finalement assez vite. Mon seul problème se trouve dans une scène de chute que je n’ai pas trouvée très convaincante dans sa mise en scène. Pas la chute pour laquelle l’ensemble de la salle étouffe un cri de stupeur, non… la première chute (les escaliers).
Une tragicomédie impitoyable et cruelle à la fois qui me réconcilie pour cette fois avec la Palme d’or de Cannes.

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