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Conter pour un enfant signifie l’instruire à la réalité. Bien que l’on détourne les récits par de la fantaisie ou autres machinations spectaculaires, la lecture est à double sens. Il faut savoir garder ses distances, tout en justifiant la brutalité d’un monde qui ne regorge pas toujours de gentillesse au-delà de son foyer. Et justement, qu’en est-il de ce foyer qui nous préserve de l’extérieur ? Nora Twomey propose alors une adaptation sérieuse du roman de Deborah Ellis, qui montre une richesse culturelle en tant que pays et qui recoupe avec diverses issues possibles. Mais tout le débat se resserre sur la situation des Afghans, sous le régime des Talibans. Ceux-ci entravent l’héritage culturel, qui peine souvent à demeurer intact au sein d’une personne, même les plus jeunes. C’est pourquoi ce récit partage un point de vue intéressant, des yeux d’enfants innocents, qui cherchent à construire un avenir incertain, malgré les conditions.

Nous découvrons ainsi un Kaboul reconstitué avec des témoignages et des souvenirs, avant et pendant que la ville soit ravagée par la guerre. Nous avons alors accès à une réalité qui nous est limitée, voire privée par les médias ou autres sources. En nous introduisant intimement à la famille d’un père qui élève sa fille et toute sa famille dans le partage et la culture afghane, nous avons droit aux enjeux les plus simples, mais les plus réalistes de tous, à savoir la survie. Vivre aux dépens d’un régime qui cherche l’ordre et le contrôle, au détriment de la paix, permet de mieux s’approprier un sujet qui reste encore d’actualité, notamment lorsqu’il s’agit de faire intervenir un personnage féminin complexe au milieu d’un univers indomptable et sans pitié. Les femmes sont porteuses d’espoir, lorsque le savoir et la sagesse sont de leur côté. Cela échappe à tant d’hommes, qui bien qu’ils souhaitent s’instruire, ne peuvent prendre le temps de lire ou d’écrire. Ils subissent eux-mêmes le fardeau de leur passé et de leur présent. Ils sont enchaînés dans un tourment tragique où la famille n’a plus d’identité et où celle-ci ne peut leur apporter un refuge convenable.

Vient alors le conflit entre les préceptes de l’homme envers les femmes. Parvana, l’espoir de toute une génération s’oppose aux règles afin d’aider sa famille, quitte à adapter son physique. Mais en préservant sa personnalité, elle encourage la révolution morale par le biais d’un conte ancestral. Souleymane est le héros du récit qu’elle compte en plusieurs actes distincts. L’accomplissement du héros traduit ce manque de communication au sein d’un peuple qui peine à extérioriser sa peine, parfois inexplicable à juste titre. Mais il fallait une histoire bien concrète au bout du rouleau, afin que l’on prenne au sérieux la situation d’un pays qui implose. La figure masculine est alors délaissée, afin que la femme puisse s’exprimer afin de gagner la liberté qu’on lui prive par simple définition religieuse. Il faut toutefois respecter les coutumes et le film ne les refuse pas, il les détourne à l’égard de la réalité. Les traditions doivent évoluer afin que la violence ne gagne pas de terrain, là où elle règle déjà en maître.

Alors, oui, « Parvana » dénonce la brutalité des Talibans, mais attaque surtout cette colère qui fait régresser un peuple qui ne demande qu’à grandir. Entre désir de nous enseigner la résistance morale et d’invoquer le culte de la vengeance passive, la réalisatrice Irlandaise se fourvoient dans quelques transitions. Ce qu’il faudra retenir, c’est cette évasion par l’imaginaire, qui redonne la force morale, qui renforce les convictions et surtout qui insiste sur l’éducation manquante. Nous pouvons y voir un parallèle avec l’absence de paternité, qui a pour but de sauvegarder l’avenir des enfants. La quête d’argent revient ainsi à ce maître de maison, qui ne doit pas confondre les volontés d’un dieu et les souverains du chaos. À chacun sa fable, chacun son destin.

cinememories
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