Ghost 2 : emurgence.

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S’il est un reproche qu’on ne peut pas faire à Olivier Assayas sur cette dernière livraison, c’est bien de ronronner ; il fallait oser s’attaquer à cette histoire de deuil affectant une medium dont le frère jumeau vient de mourir, et franchir la barrière qui sépare le symbolique du paranormal.

Le cinéaste ne quitte pas pour autant des thèmes qui lui sont chers, - et c’est peut-être là l’un des symptômes de ce film malade, malhabile et maladroit. Mode, connectivité, art, asservissement, désir, thriller sont saupoudrés dans un maelstrom qu’on pourrait craindre indigeste, mais qui nous laissent la plupart sur notre faim tant ces pistes sont esquissées sans donner lieu à une véritable exploitation.

Kristen Stewart est de tous les plans : on peut comprendre que le réalisateur prenne encore plus de plaisir à la filmer que dans Sils Maria, moins qu’il soit aveugle à ce point sur ses qualités de jeu : faire la gueule, buter sur les mots et passer la main dans ses cheveux semble composer l’intégralité de son catalogue, dans un film qui lui rend hommage en montrant qu’elle est belle sans maquillage et avec des gros pulls, avant de vous rappeler que la top, c’est elle aussi, lorsqu’elle prend la place du mannequin pour lequel elle fait du shopping : scène structurale durant laquelle, Cendrillon post moderne, elle met ses habits sur une chanson allemande (la cohérence de l’ensemble reviendrait à vous recouvrir de choucroute un sorbet) et se masturbe dans la pénombre, à la découverte d’elle-même, de ses désirs, de ses peurs, tout ça.

Un programme psychologique que lui aura proposé un inconnu par SMS dans un échange aussi long qu’un aller-retour en Eurostar entre Paris et Londres, et durant lequel on nous donnera l’intégralité de la conversation.

D’ailleurs, l’Iphone, ça a l’air bien, tu vois quand ton message est lu et quand ton interlocuteur en rédige un, j’ai pas ça sur mon Androïd.

Assayas a reçu le prix de la mise en scène à Cannes cet été : probablement parce qu’il démontre que filmer Skype, des vidéos internet et des SMS, donc, souffre de la comparaison avec ses travellings dans les penderies de luxe et les clairs obscurs des maisons hantées. Il fallait y penser.
On retrouve çà et là quelques éléments plus assumés par d’autres : la perversité de Verhoeven dans Elle, le glamour glacial de Refn de Neon Demon, autant de concurrents qui, rappelons-le, sont repartis bredouilles de la Croisette ; ici, tout tient de la pose, d’essais qui ne convainquent à peu près personne, du scénariste aux personnages, en passant par le spectateur : l’ennui et le désintérêt sont profonds, (pour l’exposé sur une artiste avant-gardiste dont on ne reparlera jamais, pour un reconstitution d’un film « tacky » des 60’s avec Benjamin Biolay jouant Victor Hugo dans des séances de spiritisme ; SIC), et leur succède au bout d’un moment l’agacement au fil de circonvolutions scénaristiques assez grotesques. Fantôme, ou non, le frère, ou non, l’anonyme, ou non, le paranormal, ou non, les autres, ou moi.

On aurait pu penser que le recours aux spectres serait l’occasion pour le cinéaste d’interroger la matérialité des sentiments : malheureusement, ce défilé inepte et touche à tout nous met surtout face à une insipide désincarnation.

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