Pi

Avis sur Pi

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En ce moment, on l’aura compris, il vaut mieux ne pas blaguer sur le terrorisme ou sur le 7 janvier dernier. Bon, notre site vient de débuter donc ce serait dommage d’être déjà accusés d’apologie du terrorisme, donc un petit clin d’oeil à Charlie Hebdo et aux victimes des attentats s’impose. Ainsi, le film du jour a été choisi par rapport à un homme non pas mort un 7 janvier, mais né ce jour-là, en 1963. Parce qu’il faut que la vie continue, et penser aux morts plutôt qu’aux vivants ne nous fait pas avancer. Et aussi, c’est vrai, parce qu’on n’a trouvé personne d’intéressant décédé un 7 janvier dans le monde du cinéma. Non, non, ne cherchez pas, il n’y a personne.

Aujourd’hui, aventurons-nous donc dans l’univers de Clint Mansell. Compositeur aujourd’hui renommé, il a signé un morceau que vous connaissez sûrement, Lux Aeterna, qu’on a découvert dans Requiem for a Dream (2000, Darren Aronofsky). C’est d’ailleurs avec ce même réalisateur qu’il a signé sa première bande originale, dans Pi, Pi, c’est d’ailleurs également la première réalisation d’Aronofsky. Ensemble, ils ont depuis signé quelques classiques comme The Wrestler (2008) ou Black Swan (2010). Mais, à l’époque, comme tout réalisateur qui se respecte, il n’était qu’un jeune blaireau qui cherchait à se faire un nom. Un de plus. C’est ainsi qu’est venu Pi, et son histoire improbable: L’équipe du film, dont l’acteur principal et co-réalisateur Sean Gullette (Max Cohen dans le film), a harcelé son entourage, leur demandant des dons de 100 $ en leur promettant 150 $ en contrepartie si le film s’avérait être une réussite. Au total, 60 000 $ ont été obtenus, soit 600 donateurs si tous ont donné la même somme. Et Clint Mansell, ami de Darren Aronofsky, en a réalisé la musique.

Un film qui, personnellement, me fait penser à Un chien andalou (1929, Luis Buñuel), notamment pour l’image en noir et blanc et manquant de netteté, qui rappelle les images du film de Buñuel. Mais aussi pour ce côté décalé, iréél, qui règne. Peut-être intouchable, imperceptible même. Des détails qui font que, dès son premier film, Aronosfky se place comme un réalisateur à part. Une particularité qui s’affichera encore par la suite, dans Requiem for a Dream et les films suivants du metteur en scène.

L’ambition du film de se différencier du reste des productions de l’époque ne s’arrête pas à l’imagerie proposée par le réalisateur, s’étend également au scénario. Max Cohen, mathématicien, est obsédé par les chiffres. Toute sa vie tourne autour de ça. Chaque compartiment de son esprit est dédié aux chiffres, chaque détail touché par son regard lui rappelle les chiffres. Et les combinaisons possibles sont nombreuses : La suite de Fibonacci, le nombre d’or…et Pi. Pour lui, l’une des évidences de la vie est que celle-ci et la nature toute entière trouvent leur origine dans les chiffres. Autour de Cohen et de ces chiffres gravitent plusieurs personnes, notamment son ancien directeur de thèse, passé lui-même près d’une découverte importante (on retrouve dans ce rôle Mark Margolis, l’excellent Hector Salamanca de Breaking Bad). « Toute la Torah n’est qu’une suite de chiffres », lui glisse un ami juif qui regarde également cela de près. Et, enfin, une femme qui cherche à faire travailler Max Cohen pour une entreprise en échange d’une aide pour ses recherches.

Sean Gullette, que certains reconnaîtront comme le riche pervers de Requiem for a Dream, signe une prestation propre mais semble quelquefois mal à l’aise dans son rôle. Ce n’est pas du tout le cas de Mark Margolis, très bon du début à la fin. Mais, on peut le dire, le niveau des acteurs n’est pas la principale nécessité pour réussir un métrage aussi osé. Pour faire fonctionner un tel film, il fallait surtout que le son s’y accorde parfaitement. Parce que, dans Pi, les chiffres correspondent entre eux, et il faut alors que toutes les composantes du film correspondent également entre elles.

Et c’est là qu’intervient Clint Mansell. Parce que, si le scénario et la réalisation sont tout à fait hors des habitudes, c’est aussi le cas de la musique, qui accompagne parfaitement ces images rapides. Une musique, pas vraiment. Un son mathématique, plutôt. L’impression reste que même le clavier de Mansell s’accorde avec les calculs de Max Cohen. Ainsi, Mansell participe là à son premier film, et parvient déjà à capter l’attention du spectateur, à concentrer le regard sur le cours des événements, à accorder ses compositions au jeu des acteurs. La marque des grands, peut-être.

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