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Rambo II : La Mission par 0eil

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Dans la généreuse habitude prise de regarder des films des années 80 qui envoient du pâté, nous sommes, par hasard, tombés sur ce Rambo 2. L'unique que je n'avais pas vu, vous pensez bien si j'avais les yeux grands ouverts. D'autant qu'IMDB m'indique que Cameron et Stallone ont participé à la rédaction du script. Hé hé hé...

Et quel script, les amis ! Toutes les bonnes idées du premier ont été dûment balayer d'un grand revers de main revancharde. On retourne au Vietnam, les enfants, et cette fois, on la gagne, cette putain de (pas ma) guerre ! Stallone joue encore moins son personnage, limitant au maximum les expressions faciales, les autres personnages sont tous des espèces de patients faire-valoirs, avec une mention spéciale au Colonel Trautman, transformé en véritable support de la propagande rambesque, au point d'en être ridicule à souhait. Bienvenue dans une bonne balade au pays du soleil navrant. D'autant que le scénario n'aide en rien : on demande à Rambo d'aller en plein cœur du territoire ennemi prendre des photos de soldats américains prisonniers, mais en fait, les Services Secrets – ah ah ! - ne veulent pas qu'on sache que le Vietnam cache des soldats américains qu'ils torturent régulièrement parce qu'on arrive en mars et qu'en mars, le temps est dégueulasse. Mieux vaut retrouver ces soldats prisonniers en septembre, ce sera ben plus commode. Sincèrement, je n'ai pas compris l'intérêt d'envoyer un ancien béret vert échouer une mission – qu'il a de grandes chances de réussir, qui plus est. Enfin, une magouille de ces salauds des Services Secrets ! Tout ça pour envoyer Rambo retourner dans ce pays qui l'a tant traumatisé ! De vrais monstres.
Bon, niveau traumatisme, Stallone la joue regard dans le vague et silence prolongé. Côté virée, ça débute sur les chapeaux de roue. Dès que le bon Rambo se prépare, on sent les ennuis s'amonceler : une boîte avec marquée dessus « Explosifs » et qui présente quatre pointes de flèche ? Oh yeah. D'ailleurs, il a bien fait d'en prendre, notre cher soldat, puisqu'à peine cinq minutes plus tard, il perd durant une scène monumentale : se projetant hors de l'avion, la sangle de notre bon vétéran reste coincé à la porte qu'il vient de franchir. Ni une, ni deux, Rambo décide de sectionner la sangle concernée pour pouvoir chuter normalement et... libère son fusil d'assaut qui chute. Il tente une nouvelle fois et coupe ses rations de survie. Enfin, il parvient à détacher la bonne sangle.
Je vous ferai grâce de la description des scènes qui s'ensuivent, où l'on découvre que le bois des bateaux vietnamiens est explosif, qu'un prisonnier peut se contenter d'une barbe de trois jours sans s'être rasé durant trois mois et ainsi de suite. On assiste à une promenade main dans la main avec son contact sur place, une plantureuse asiatique (forcément) au passé plein de douleurs qu'elle partage avec le très taciturne Rambo avant de tomber éperdument amoureuse de lui et de mourir, ces deux événements étant séparés d'une dizaine de minutes – ce qui vient confirmer que les passions les plus dévorantes sont aussi les plus courtes. Quelques plans plutôt agréables viennent contenter l'amateur de jolis courts d'eau : le film s'y dote alors de couleurs presque pastelles pour décrire ces moments de calme. Étrange contraste, s'il en est, puisque, dès la mort de la charmante compagne de Rambo, le film bascule – pour ne plus en revenir – dans le n'importe quoi, avec une magnifique course-poursuite entre un hélicoptère de transport et son homologue armé jusqu'aux dents. Devinez lequel gagne...
Au final, on s'étonne rapidement, pour peu que l'on ait cru assister à une véritable suite, du décalage complet entre les deux films. Ne serait-ce que pour sa fascination presque malsaine pour la revanche, son sous-texte accusant ouvertement les russes et sa glorification aveugle de la guerre et de ses soldats (faisant dire à Rambo comme aux prisonniers des répliques absolument incroyables de patriotisme). Pour ceux qui venaient voir un film d'action comme on savait en faire à l'époque, c'est une autre histoire : des gueules à ne plus savoir qu'en faire habitent l'écran d'air vaguement naïf, des méchants très méchants n'apparaissent à l'écran que pour y faire une rencontre rapide et définitive avec leur balle fatale, le héros est d'une telle supériorité que le moindre gentil en sa présence le dévore des yeux avec une adoration presque religieuse. Et qui il sied à tout gros bras qui se respecte, Stallone manie la M60 avec une décompléxion totale. Du raffinement que seuls les vrais bonhommes pourront apprécier à sa juste valeur. Les vraies bonne-femmes aussi, remarquez.

Le souci de ce Rambo... eh bien, le benjamin de cette séance s'est écrié « Ca, c'est du Rambo », ce qui m'a plongé dans un certain malaise. Non, « ça », ce n'est pas du Rambo. Le vrai et unique, c'est le vétéran forgé par la guerre du Vietnam qui ne parvient plus à s'extraire des jungles brûlantes de son souvenir et qui n'est, de toute façon, accueilli que par la méfiance de ceux qui sont restés. Malheureusement, cette image un peu plus sérieuse et réfléchie, miroir de la thématique des anciens soldats jamais vraiment revenus, n'a pas réussi à l'emporter sur la caricature propagandiste taillé à la M60 dans cet opus puis le suivant. Mh... belle façon de désamorcer une prise de conscience. Au final, IMDB précise que Cameron se serait excusé en disant qu'ils n'ont gardé, de son script d'origine, que les scènes d'action. Ben tiens.

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