Régression directe.

Avis sur Sausage Party : La vie privée des aliments

Avatar Sergent Pepper
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Il est des sujets sur lesquels il convient d’être sérieux.
La vie, la mort.
La guerre.
Dieu.
Le corps.
Le sexe.
Le destin.
Tout ça.
On n’aborde pas ça à la légère, on est là dans les fondamentaux. Et comme la plupart d’entre eux n’ont à nous offrir que le vertigineux silence de réponses informulées, l’homme a eu recours au récit. Dieu est né, et lui, saura nous guider. Le grand nulle part n’est plus la fin, mais une étape. Tout ce qui semble source d’angoisse peut ainsi devenir acceptable.

Certains ont écrit l’Ancien Testament, Seth Rogen, Evan Goldberg et deux autres réinventent le récit fondateur en le déplaçant dans le nouveau temple de notre époque, le supermarché.

Les aliments s’inventent donc un grand au-delà pour ignorer leur destinée culinaire, sur le modèle de The Island de Bay, mais avec des fucks et du sexe.

Evidemment, la question essentielle est de savoir si c’est drôle. Parfois. C’est surtout à ce point débile qu’on ne peut s’empêcher de penser que des gens ont travaillé pendant des mois sur un une poire à lavement qui viole une briquette de jus de fruit, une taco lesbienne qui matte une brioche dont le but dans la vie est de se faire fourrer par une saucisse.
On aura droit à tout le cahier des charges en vigueur : un méchant, des questions, des séparations, une bataille finale dans la solidarité et une partouze de réconciliation (ah non, cet élément-là est rarement dans les films d’animation.)

L’intérêt du film dépasse sa débilité profonde et sa régression assumée : c’est avant tout une version vulgaire et libertaire du conte philosophique, qui questionne la façon d’aborder les problématiques aussi variées que la différence, l’homosexualité, le conflit israélo-palestinien, les indiens, la consommation, la foi ou le courage de l’athéisme. Rien que ça. Traiter ces sujets en les parant d’une blague potache est déjà en soi un effort d’écriture (les jeux de mots abondent, et dans cet océan de lourdeur surnagent de belles saillies), et les conduire vers un éloge de la jouissance sans entrave, loin des retours habituels sur les rails (qu’on pense aux faux libertaires Deadpool ou, pire encore, Suicide Squad) est tout à fait stimulant.

Certaines choses ne changeront jamais. Seth Rogen et ses potes ne semblent pas disposés à s’élever au-dessus de la ceinture. Les fanatiques ne semblent pas prévoir d’inscrire la tolérance et l’ouverture d’esprit à leur programme idéologique. Leur rencontre accouche donc de cette farce déconseillée aux enfants ; et cet état du monde, ma foi, génère bien plus d’étincelles et moins d’obscénités qu’une manif censément pour tous.

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