Le démon de midi

Avis sur Sept ans de réflexion

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Billy Wilder nous livre ici, avec ce film, une chouette comédie de moeurs (et non pas vraiment une comédie romantique à laquelle on a coutume de l'assimiler) qui se joue gentiment de la censure en partant d'une idée brillamment développée. Cette idée, c'est ce fameux démon de midi profondément ensommeillé, mais bel et bien frais et dispo lorsque la famille prend le large tandis que bibi reste à la maison pour assurer la pitance. Freud et mythes ancestraux du mâle en rut lorsque femelle et marmots sont en congé, tout est bon pour épaissir et immiscer cette simple idée mais puissante du réveil des sens dans nos pauvres petites cervelles gonflées aux hormones.

Et quoi de mieux que titiller l'imaginaire du spectateur pour contourner cet obstacle gênant de la censure. Sur le papier, l'idée est intéressante, mais la mise en oeuvre (trouvant aussi ses origines dans le théâtre dont ce film est tiré) est sujette à caution, car du coup on a affaire à de nombreux soliloques du mari, qui ont au moins la qualité de remplacer la sempiternelle voix-off, ce qui est déjà moins lourd et plus impliquant. Aussi brillamment soient-ils écrits et débités, on aurait tout de même préférer un peu plus de piquant pour nourrir la relation (aussi imaginée soit-elle en dépit d'un ou deux timides becs) entre ces deux célibataires d'un été. Par exemple, bénéficier d'un peu plus de séquences fantasmées avec la délicieuse Marilyn plutôt que ces (trop) nombreux dilemmes moraux (surtout dans le dernier quart) auxquels se contraint ce pauvre bonhomme, qui tient absolument à se justifier de son code de conduite face à ce modèle de femme au foyer toute propre sur elle qu'il a pour épouse.

Car en allant aussi loin qu'il se peut, Billy Wilder s'amuse de manière communicative à secouer l'arbre de la bonne conscience, à malmener les archétypes propres au genre, à faire interagir le réel et le fantasmé par petites touches (comme le running-gag du concierge), et enfin à faire jouer les décalages entre la perception forcément faussée du mari, et celle de l'ingénue Marilyn qui joue elle aussi de ses talents de manière certes parfaitement mesurée à l'écran, mais néanmoins passant pour quelque chose de relativement naturel et innocent pour les besoins de son personnage. Bref, on retrouve avec un certain plaisir le Billy Wilder de Ariane et de Some Like It Hot livrant encore ici une comédie plutôt relevée sur un sujet encore tabou, au sous-texte non moins subtil et réfléchi sur les limites de la bienséance, en dépit d'une fin finalement assez conventionnelle. Sacré filou ce Billy.

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