Quel regard ? Quelle vie ?

Avis sur Séraphine

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L’histoire vraie d’une femme peintre : Séraphine Louis, dite Séraphine de Senlis. Femme assez méprisée de son vivant, peintre célèbre aujourd'hui.
Un film plutôt bien réalisé qui nous entraîne dans le monde de Séraphine en lien avec son époque.
Je trouve le film particulièrement réussi sur deux plans : le regard et la passion.
Un film sur le regard. Le film nous questionne sur ce regard que l’on porte sur les autres, sur l’étranger, sur soi, sur le monde, sur la nature, sur la vie dans l’au-delà. Le film lui-même nous questionne sur le regard que l’on porte sur le film lui-même : un regard d’observateur distant ou un regard de qui s’approche, qui cherche à comprendre, qui vit ce qui se joue et qui accepte de ne pas tout comprendre. Le regardeur (je préfère ce terme à celui de voyeur et de spectateur) peut être comme l’un des acteurs du film :
- soit juge méprisant comme cette société de la bien-pensance,
- soit observateur - curieux comme ce collectionneur d’art,
- soit comme Séraphine qui aime la vraie vie, qui voit et vit à sa façon et qui se fout de ce que pensent les autres.
Film aussi sur la passion (la passion de la peinture) qui est un chemin d’amour sacrificiel, un chemin que peu de personnes comprennent, un chemin de solitude. Séraphine est inspirée, portée par sa foi en Dieu qui la fait tenir malgré l’énormité des difficultés. Elle tient aussi par l’amour, l’estime qu’elle a d’elle-même malgré le mépris des autres. J’aime cet écriteau (à l’attention des éventuels visiteurs) qu’elle met sur la poignée de sa porte d’entrée de sa chambre-atelier fermée à double tour : « mademoiselle Séraphine ne reçoit pas ». À un moment de sa vie, les rentrées d’argent grâce à sa peinture se font plus généreuses. Elle, pour qui un sou était un sou, vit alors sans compter : est-elle devenue vraiment folle ? Non. Elle continue de vivre sa passion et la vit dès lors au grand jour, dans un au-delà que les gens raisonnables ne peuvent pas comprendre. Ce n’est pas la gloire humaine qu’elle veut, c’est l’Amour avec Dieu, avec la vie. Elle veut vivre enfin Le Grand Jour ! Elle est Amoureuse avec un grand A, comme les peintres savent aimer. Et rien ne peut l’arrêter si ce n’est la folie des hommes qui font la guerre de 14, qui font la crise de 29, qui la cloîtreront dans un asile, qui emprisonneront ses mains de peintre dans une camisole. Mais ses peintures survivront à sa mort terrestre et, aujourd’hui, Séraphine continue d’exposer ses peintures dans le monde entier.
Je ne suis pas sûr d'aimer l'esthétisme de ces peintures, mais l'essentiel n'est pas là et le film le montre bien. L'essentiel est invisible pour les yeux, on ne voit pas bien qu'avec le cœur. J'espère Séraphine en bonne compagnie là-haut.

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