Quels yeux !

Avis sur Shéhérazade

Avatar Moizi
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Cela fait maintenant un an que j'ai appris que ce film existait complètement par hasard, un extrait était diffusé à l'institut du monde arabe où était présenté une exposition sur les 1001 nuits. Imaginez ma surprise de voir Anna Karina au casting ! Difficile de ne pas avoir une demi-molle rien qu'à l'idée de ce film. Seulement voilà, il n'est pas facile à trouver car il semble avoir été totalement oublié. Et il y a des raisons…

J'ai pas trop envie de jeter la pierre à ce film, parce que malgré tous ses défauts je l'aime bien, enfin disons que j'aime surtout l'idée de ce que j'aurai pu y trouver plus que le film en lui-même.

Parce qu'en vrai c'est très banal… On a un film qui veut se la jouer grand film en costume avec une histoire d'amour tragique sur fond de 1001 nuits et d'Orient, mais en vrai ça dure 2h qui semblent en dure 4 (véridique).

Parce que c'est un peu chiant, ouais, faut le dire, parce que tout est prévisible et trop plat, trop lisse, on sent l'envie de faire Cléopâtre sans y parvenir, mais l'intention était louable.

En fait ce qui tue le film c'est le héros chrétien : Renaud (on a aussi un Didier et un Thibaut) qui est d'une fadeur inégalable, on s'en fout de lui, on se demande ce que Shéhérazade peut bien lui trouver. Du coup forcément on ne croit pas au point de départ de l'histoire… alors bon… les péripéties qui s'en suivent…

Cependant le meilleur personnage est celui du Calife qui n'est pas un homme mauvais, bien au contraire, il aime juste une princesse qui ne l'aime pas en retour et il tente juste de ne pas perdre la face.

Le personnage de Shéhérazade est trop informe et unilatéral dans sa représentation du bien, du sacrifice (avec Anna Karina qui fait la gueule durant tout le film) que ça ne le fait pas trop non plus…

Je ne parle pas des costumes qui font vraiment "vieux", les mecs chevauchent dans le désert et pas une goutte de sueur, pas de sable, nan ils sortent du pressing… c'est d'une autre époque.

Je ne peux que saluer la tentative de représentation de l'orient sensuel avec Karina qui fait une sorte de danse du nombril, on voit quelques filles à moitié nues dans des bains, mais ça ne suffit pas, c'est trop superficiel. En fait Gaspard-Huit n'a pas su saisir l'essence des 1001 nuits, ce qui fait le charme de l'Orient et la fascination que je peux avoir à son égard. Le truc c'est que ça se passe dans un cadre réel et réaliste, il manque toute la dose fantastique des 1001 nuits, ce côté envoûtant, limite on aurait pu croire voir un péplum particulièrement plat. C'est dommage. Les deux versions du voleur de Bagdad avaient bien mieux saisi (sans pour autant adapter les 1001 nuits) le côté aventure fantastique (malheureusement sans érotisme).
Là c'est fade et lisse, alors on a quelques moments de bravoure, j'aime bien lorsque le Calife est à l'écran ou lorsqu'on ne voit pas la frange ignoble de Karina et qu'elle se retrouve quelque peu essoufflée dans le désert, elle véhicule quelque chose (bon pas autant que chez Godard, mais quand même).

C'est trop froid et mécanique pour moi. Et en parlant de mécanique je ne peux pas m'empêcher de citer ce magnifique Deus ex machina (au premier degré) à la fin du film… Il y a plusieurs moments comme ça où je me suis demandé si je devais rire tant c'était un brin ridicule.

Cependant, malgré tout, je n'ai pas réussi à le détester, malgré que ça ne m'a même pas diverti, rien que le fait de se plonger dans l'Orient, même s'il n'est pas bien représenté, ça m'a fait du bien, ça m'a fait plaisir et ça m'a donné envie de continuer les 1001 nuits. Et puis il y a Karina… Même si la voir passer de vivre sa vie à ça, ça fait un peu mal.

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