Une série B qui n'est pas prête de toucher le firmament

Avis sur Skyscraper

Avatar Sébastien Decocq
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Rampage ne vous suffisait pas ? Hollywood remet donc le couvert en cette année 2018 en vous proposant un tout nouveau film d’action avec en tête d’affiche le bankable Dwayne Johnson. Cette fois-ci, l’ancien catcheur n’affronte plus de monstres géants ou ne fait plus fondre l’asphalte avant sa prochaine aventure motorisée (le spin-off de la saga Fast & Furious, avec Jason Statham). Il remplace Bruce Willis dans ce qu’il semble être une redite de Piège de Cristal (Die Hard), en plus bodybuildé et assurément crétin. Avec une tour high-tech comme terrain de jeu et des effets spéciaux à foison. Bref, du pur Dwayne Johnson movie qui, a en voir le score du film au box-office (près de 304 millions de dollars pour un budget de 125 millions), témoigne de la lassitude du public pour ce genre de divertissement. Si avec Rampage, le côté spectaculaire et WTF fonctionnait encore, ici, avec un aspect beaucoup plus sage et lambda, la sauce ne parvient jamais à prendre…

Même si on nous ressert ici l’éternel concept du héros malgré lui au mauvais endroit au mauvais moment, voir Johnson dans un rôle à la Willis pouvait avoir une once d’intérêt question amusement. Comme de voir cette montagne de muscle foncer dans le tas, fracasser du méchant à main nue et affronter les lois de la physique pour sauver sa famille, coincée dans un bâtiment dernier cri. Et, clou du spectacle, de voir que même estropié (le personnage a une jambe en moins suite à une explosion) Dwayne Johnson fait du Dwayne Johnson (se battre, courir, sauter d’une grue à une tour, jouer les équilibriste…). Pour augmenter la badass attitude de l’acteur et apporter une étiquette de « grand plaisir coupable » à ce film. D’autant plus qu’il est réalisé et scénarisé par Rawson Marshall Thurber, un homme qui s’est par ailleurs illustré dans le domaine de la comédie (Dodgeball, Les Miller ou encore Agents presque secrets). Autant dire que, même s’il n’est pas un cinéaste talentueux, il reste l’homme de la situation pour traiter Skyscraper comme il se doit : avec humour et amusement. Ce qu’il, étrangement, ne fait jamais.

Comme le fera après En eaux troubles, le film choisit d’entrée de jeu le sérieux comme ton à adopter. Rien qu’en proposant une introduction dispensable dévoilant la perte de la jambe du personnage ainsi que le manque de savoir-faire du réalisateur (scène supposée tendue mais aucune sensation à ressentir), le film se met une épine dans le pied en choisissant l’aspect dramatique… et ce sans jamais le quitter. Et à cause de cela, il est impossible d’adhérer à ce que propose Skyscraper sans que nous pestions une seule seconde. Contre la débilité et la platitude d’un scénario qui méritait une once de comédie. Contre l’invraisemblance des séquences d’action qui auraient pu être bien plus funs que cela. Contre les clichés qui se suivent à la pelle. Contre le jeu amorphe des comédiens. Contre l’inexistance de la plupart des personnages, notamment de l’antagoniste principal (qui manque cruellement de charisme). Bref, à trop se prendre au sérieux, le long-métrage ne joue jamais de son statut, de sa star ou encore de ses détails scénaristiques (la prothèse du héros, mise littéralement de côté). Il ne fait que mettre en avant ses défauts, nous apparaissant comme un film d’action terriblement lambda. Une série B à budget pharaonique (l’équivalent d’un Mission : Impossible ou bien d’un Star Trek) qui aurait très bien pu passer par la case VOD sans choquer personne.

Non, il semblerait que le réalisateur ait voulu privilégier le spectaculaire. Livrant pour le coup des séquences d’action bourrées d’effets spéciaux, comme s’il tournait une version de La tour infernale façon San Andreas. Alors certes, cela envoie du pâté quand on voit certaines scènes, reconnaissons-le ! D’autant plus que le film propose quelques idées assez intéressantes pour amuser la galerie (le final dans cette « salle des miroirs »). Mais même avec son emballage impressionnant, Skyscraper ne parvient jamais à décoller. Notamment à cause de la caméra beaucoup trop terre-à-terre et manquant de folie de son réalisateur, qui filme pour le coup de manière peu investie et sans jamais user de ses décors pourtant ludiques sur le papier. Un plus petit film comme John Wick 2 (la séquence de l'exposition) y parvient, c'est pour dire ! L’ensemble parvient à faire passer le temps, mais pas suffisamment pour se prendre une claque et de pousser un « wouah » d’excitation lors du générique de fin.

Pour ma part, je me suis plutôt ennuyé devant Skyscraper, contrairement à un Rampage totalement crétin et quelque peu jouissif (malgré ses nombreux défauts). En termes techniques, le long-métrage fait le taf honorablement et Dwayne Johnson fait du Dwayne Johnson. Mais déjà que j’exprimais ma lassitude à propos des films du comédien, celle-ci ne peut que se confirmer avec un produit aussi sommaire. Ce n’est ni mémorable ni palpitant, mais juste regardable. Il est pour le coup préférable s’attarder sur un Fast & Furious ou – encore mieux – un Die Hard (sauf le 5…), qui restent la référence en la matière.

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