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Soupçons par pasteque68

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C'est la première fois que Cary Grant est engagé par le Maître. Alfred Hitchcock arrive à créer une complicité entre l'héroïne et le spectateur pour qu'il doute avec elle. C'est assez novateur pour l'époque. Jeune aristocrate un peu rigide, Joan Fontaine fait dans un train la rencontre de Cary Grant , séducteur et amuseur mondain. Une fois mariés , son angoisse grandit progressivement , au point de redouter que son mari veuille se débarrasser d’elle. Très léger dans ses premières minutes, le film paraît presque trop grave dans ses dernières minutes extrêmement sombres. C'est le deuxième film anglais tourné par Hitchcock aux Etats-Unis. Cette intrigue où une brave épouse découvre peu à peu que son mari est un meurtrier n’emballe guère ni le cinéaste ni son studio, la RKO, qui souhaite une fin " heureuse ". Soupçons est un film mental, sur les fantasmes et les frustrations d’une jeune aristocrate. Hitchcock lui-même était à ce point incertain qu’il tourna plusieurs fins. L’intrigue peut à tout moment basculer d’un côté ou d’un autre. Il est impossible de savoir sur quel pied danser, ce qui met le spectateur dans le même état d’instabilité que l'héroïne. Son état de flottement provoqué par le doute est incroyablement bien retranscrit. C'est un film sur la frustration de ne pas savoir, le déséquilibre mental de l’incertitude. Alfred Hitchcock cherche ici à comprendre quelle regard, quelle vision a l'héroïne, jouée par Joan Fontaine remarquable. Sa performance sera couronnée d’un Oscar . La scène la plus célèbre du film est terrible avec ce verre de lait ,d’où émerge cette étonnante lumière ,monté sur un plateau dans cet escalier obscur. Alfred Hitchcock avouera plus tard qu'il avait fait mettre une lumière dans le verre de lait. Une autre idée géniale dont ce film recèle , ce sont ces ombres portées de la verrière au plafond évoquant la forme d’une toile d’araignée fatale. Quel sentiment incroyablement oppressant de doute et de crainte symbolisé par ces ombres formant une cage sur le mur derrière l'héroïne ! Enfin, j'ai un gros coup de cœur pour Cary Grant, qui passe si rapidement de sympathique blagueur, à séducteur redoutable, au regard glaçant. Cela commence comme une comédie romantique puis cela glisse vers un suspense terrible. Notre discernement de spectateur est usé par les nombreuses fausses pistes proposées. On passe par toutes les impressions , tantôt celles de la femme rassurée et séduite par ce gentleman immature, tantôt celles inquiétée par les mystères qu’il peut cacher. Ce film marque la première collaboration entre Hitchcock et Cary Grant . La mort aux trousses sera leur dernière. Il est rigolo de noter que ce premier film commence dans un train et que le dernier se terminera aussi dans un train.

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