Jimi Hendrix est mort dans son vomi. Star Wars aussi.

Avis sur Star Wars : L'Ascension de Skywalker

Avatar Flavien Delvolvé
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Ce sera la première et je l’espère dernière critique négative de mon compte. Je dois dire que je ne m’attendais à rien en allant voir *Star Wars IX*. Les bandes-annonces ne me disaient rien, et annonçaient ce que je craignais, un aveux de faiblesse, une capitulation. Cette critique est garantie pleine de spoils. Ne lisez pas cette critique.
J’aime les deux premiers épisodes de cette trilogie. *Le Réveil de la Force* était le relancement idéal d’une saga, l’ouverture nécessaire vers quelque chose de neuf, une nouvelle trilogie pour une nouvelle génération, faire vivre à de nouveaux individus ce que de milliers d’autres avaient eu le droit de vivre enfant ou adolescent. *Les Derniers Jedi* offraient ce dont je rêvais: de l’audace, du neuf, du Star Wars, et l’espoir d’avoir notre trilogie, ma trilogie. Oui, il rebattait toutes les cartes. Oui, il balayait des mythes. Mais avait cette ambition de faire de Star Wars autre chose que la propriété de trentenaires/quadragénaires avares et nostalgiques. Mais ces derniers se sont rebellés, ont déversé leur haine sur un film qui n’allait pas avec leurs désirs fétichistes. Voyant JJ Abrams reprendre le projet de ce neuvième opus, je me suis dis un instant qu’il saurait ne pas se laisser submerger, qu’il aurait la force pour continuer ce qui avait été brillamment lancé par Rian Johnson. Sauf que dès les 10 premières minutes du film, il décide de donner raison à la horde de fanatiques qui voulait la suppression pure et simple de l’épisode VIII. Il le réécrit totalement, le détruit, fait en sorte qu’il n’existe plus. De plus, il le fait d’une manière ridiculement précipitée, et perd totalement le spectateur qui ne sait plus quoi penser de rien, ni des deux précédents opus, ni de toute la saga. Palpatine revient donc, c’est un secret de polichinel. Et son retour enterre dès ces premières minutes, la possibilité d’avoir une belle conclusion à cette audacieuse trilogie, la possibilité de voir Kylo Ren prendre la place qui lui était dédiée, celle de grand méchant, neuf, charismatique, qui avait effacé sa fragilité à la fin de l’épisode VIII, la possibilité d’avoir vraiment une nouvelle trilogie. Et il enterre également tout un héritage. Dark Vador/Anakin n’a donc servi à rien ? Cette histoire n’a donc pas eu lieu. Et ce qui m’énerve encore plus, c’est que cette dernière remarque sera le principal argument de la plupart des gens qui dézingueront le film. Sauf que ceci seront souvent les mêmes qui ont craché sur l’épisode VIII, et ce sont eux qui ont engendré l’aberration qu’est *L’Ascension de Skywalker*. Mais j’y reviendrai.
Puis, JJ Abrams décide de faire ce qu’ont réclamé les “fans”, leur rendre “leur” Star Wars, le “vrai” Star Wars. Et comme une vache qui rumine son herbe, ces fans préfèrent remanger leur vomi plutôt que d’avoir de l’herbe fraîche: c’est donc ce que leur sert JJ, du bon et délectable vomi. Et encore une fois, ils se plaindront de manière très hypocrite d’avoir ça dans leur assiette alors qu’ils l’ont commandé. On a donc ce Star Wars prémâché, ruminé et ravalé, et enfin recraché. Mais en plus spectaculaire forcément, pour masquer un peu tout ça. Des millions de vaisseaux, un Palpatine qui se transforme tantôt en Thor, tantôt en Thanos (il est d’ailleurs tout aussi moche), tout plein de planètes qui sont en fait les mêmes depuis 40 ans, et piou piou badaboum. J’étais le premier à défendre Disney dans sa reprise de la franchise. Mais là, force est de constater qu’ils se sont senti obligés de l’avengerisée, et sans vraiment s’en cacher. Les nouveaux personnages redeviennent de beaux pantins, Kylo Ren en ligne de mire. Je t’aimais tellement Kylo. Et je t’aime d’autant plus maintenant qu’on t’a marché dessus, fait disparaître, pour devenir une sous-merde. Mais l’autre problème principal réside dans le personnage de Rey qui est donc (attention spoil) la petite-fille de Palpatine. Encore une fois, JJ Abrams s’avoue vaincu, et s’oblige à réinstaurer cette aristocratie de la Force, qui n’avait pas vraiment lieu d’être, et qui bafoue ce qu’avait instauré *Les Derniers Jedi*. Ainsi finalement, la Force n’est pas en chacun de nous. Elle est réservée à une élite, les Skywalker et les Palpatine. Tout le monde ne peut devenir un Jedi. Mais moi j’aurais bien aimé être un Jedi.
Cette élite réinstaurée, ce sont les “fans” qui reprennent leur précieux, qui spolie toute une génération du rêve d’avoir sa trilogie, de vivre ce que deux générations avaient eu le droit de vivre avant elle. Je suis infiniment triste ce soir. Je prends sans doute la chose trop à coeur. Mais c’est le sentiment que j’ai en sortant de la salle. On m’a volé quelque chose, et on m’a servi le vomi que d’autres aiment avaler. Mais moi j’aime pas trop le vomi. Ce vomi, il prend forme dans les invraisemblables caméos du film (Han Solo mais s’il te plaît garde ta dignité et reste dans ton trou, et je parlerai pas de papy Lando), la réutilisation mal foutue de Leïa (je suis désolé, mais on aurait dû tellement pleuré à sa mort, là j’ai soufflé du nez vraiment), la “dyade de la Force” qui m’a vraiment bien fait marrer, du fan service abject et surtout jusqueboutiste (sérieusement les Ewoks et le retour sur Tatooïne en conclusion du film. Et puis Rey qui se transforme en Pucelle d’Orléans qui entend des voix). Même l’étoile de la Mort c’est un gros grumeaux dans cette océan.
Il y a des belles choses quand même, parce que JJ est quelqu’un de sérieux, et que cet échec n’est pas de sa faute (des combats au sabre laser vraiment beaux, notamment par télépathie; ou des plans en vaisseaux vraiment stylaxes. Et Kylo qui tue tout le monde au début. Vraiment tu vas me manquer toi.).Non ce n’est pas de sa faute. C’est de la faute de ceux qui ont déjà insulté l’épisode de Rian Johnson, et qui vont pour certains insulter celui-là, alors qu’ils ont écrit eux-mêmes le scénario. Résultat: incohérent, creux, triste, sans audace, sans émotion. Je déteste écrire du mal sur les films. Surtout quand c’est un film d’une saga que j’adore plus que tout, qui m’a apporté plus de joie que n’importe quel autre objet cinématographique. Mais je déteste encore plus qu’on me vole. Qu’on me vole le droit d’avoir un jour une trilogie Star Wars pour ma génération, qu’on me vole un pré d’herbe fraîche pour me donner le vomi de fanatiques odieux. Je n’ai même pas envie de mettre 1 car ce serait donné en partie raison à ces derniers parce qu’ils vont cracher sur ce qu’ils ont engendré. Ce serait avouer l’échec de cette trilogie, qui n’en est pas totalement un, mais qui n’est finalement même pas une trilogie au sein de cet univers, sinon 3 spin offs. *Les Derniers Jedi* n'était pas parfait, mais me donnait quelque chose qui pouvait vraiment m'appartenir, et en plus d'une belle manière. Refuser tout ça, c'est refusé ce qu'est Star Wars par essence: un appel au risque, au rêve, à la nouveauté, certainement pas une cathédrale intouchable et décrépite. Mais bon je veux aussi qu'il y ait d'autres Star Wars, qu'on me laisse un dernier espoir.

Messieurs les puristes de Star Wars, fans devant l’éternel et apparement seule élite pouvant accéder à la Force, j’avais rêvé un instant pouvoir devenir un Jedi. Ce ne sera visiblement jamais le cas. Vous m'avez volé ce rêve. "Vous deviez apporter l'équilibre dans la force, pas la condamner à la nuit". Je vous déteste.

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