De l'échec d'un concert en territoire sandiniste

Avis sur Straight to Hell

Avatar Morrinson
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Straight to Hell, le film, n'aurait jamais dû exister. Alex Cox, trublion british ayant toujours été intéressé par le mouvement sandiniste, le Nicaragua, et plus généralement les mouvements révolutionnaires d'Amérique du Sud, voulait à l'origine filmer un immense concert sur ces terres. Prévu pour 1985, il devait rassembler des groupes de légende de l'époque comme The Clash, The Pogues, ou Elvis Costello. Mais le projet s'avéra être un joli fiasco, ne réunit jamais les fonds nécessaires pour lancer la production et ne vit ainsi jamais le jour. Les différents groupes étant tous disponibles pendant un long créneau commun, Cox, sacrément entreprenant, décida de se lancer dans un tout autre projet : un film qui réunirait toutes ces belles personnes. Le budget du film fut assemblé beaucoup plus rapidement que celui du concert : ça y est, Straight to Hell était né. Le scénario fut écrit en trois jours (en voyant le film, honnêtement, on comprend pourquoi), le film tourné en quatre semaines à Almería, en Andalousie.

Si on voulait mentir (par omission) et donner envie au plus grand nombre de voir ce... cette chose, on pourrait dire qu'Alex Cox s'est inspiré du cinéma de Peckinpah et des westerns spaghetti à la Leone pour produire cet étrange objet de série B, pastiche déjanté de western à l'humour très spécial et assaisonné à l'esprit punk rock. On pourrait aussi arguer, sans mentir, que Tarantino a très largement pomp... s'est très largement inspiré de ce film pour Pulp Fiction, notamment pour le ton décalé et l'écriture du personnage interprété par Samuel L. Jackson (et Sy Richardson ici). Le seul souci, c'est qu'on en oublierait presque l'essentiel. Straight to Hell rassemble toute une tripotée de têtes connues, éminemment sympathiques, mais a paumé un élément crucial en chemin : un scénario digne de ce nom.

À partir de là, deux réactions sont possibles : ou bien la présence de Joe Strumer (The Clash), Shane MacGowan (The Pogues), Elvis Costello (Elvis Costello), Courtney Love, Dennis Hopper, Jim Jarmusch, ou encore Grace Jones compense le vide abyssal de l'histoire et la gratuité des événements, ou bien tous ces noms n'évoquent pas grand-chose et entraînent un irrémédiable ennui. À titre personnel, voir Joe Strummer dans la peau d'un truand un peu barjot ou Shane MacGowan (et toutes ses dents pourries) en mariachi qui a du mal à aligner les trois mots que comptent ses dialogues est amplement suffisant pour surnoter éhontément. Pour le reste, il ne faut pas chercher de signification derrière le caractère surréaliste de cette ville remplie de tueurs addicts au café ni tenter de comprendre les raisons qui poussent la population à s’entretuer dans un gigantesque bain de sang final. Le film se termine non pas parce qu’on arrive à la dernière ligne du scénario imaginaire, mais plus simplement parce que qu’il n’y a plus aucun personnage en vie, ou presque. Plutôt une série B à tendance nanar de luxe, donc, mais sacrément fendard.

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