Straight to Hell
6.1
Straight to Hell

Film de Alex Cox (1987)

L'Être, le Néant et le Pistolet : Quand Sartre rencontre les Pogues.

Bienvenue chez Ciné-Sophia. Pour ce numéro, on s'attaque à un monument du n'importe quoi céleste (ou plutôt infernal) : Straight to Hell d'Alex Cox. Une œuvre née d'une annulation de tournée de concerts en Espagne, transformée à la va-vite en western spaghetti sous acide avec Joe Strummer, Courtney Love, Elvis Costello, Shane MacGowan et une dépendance évidente au café frelaté.

Quels concepts philosophiques se cachent derrière cette fusillade de 86 minutes ? Accrochez-vous, on plonge dans l'Absurde camusien et le Néant existentiel.

Si Jean-Paul Sartre avait troqué sa pipe pour un poncho et son existentialisme pour une overdose de caféine, il aurait probablement écrit le scénario de Straight to Hell. Àlex Cox nous offre ici une expérience de pensée d’une profondeur si abyssale qu'elle touche le fond du ridicule pour mieux remonter... ah non, elle reste au fond. Et c'est là tout son génie.

L'intrigue ? Trois tueurs à gages ratés et une Courtney Love hurlante braquent une banque, enterrent le butin dans le désert, et échouent dans une ville surréaliste contrôlée par des bandits accros au espresso. C’est le point de départ idéal pour valider la célèbre sentence de Sartre : "L'enfer, c'est les autres". Surtout quand les "autres" sont incarnés par les membres des Pogues avec des flingues.

C’est ici qu’Albert Camus entre dans le saloon. Dans Le Mythe de Sisyphe, Camus nous explique que l’homme absurde est celui qui pousse son rocher éternellement, tout en sachant que cela ne sert à rien. Les personnages de Straight to Hell font exactement la même chose, mais en remplaçant le rocher par des chargeurs de pistolet. Ils tirent sur tout ce qui bouge sans la moindre justification idéologique, politique ou même pécuniaire. C’est l’action pure, détachée du sens. Une liberté si radicale qu’elle en devient vertigineuse, ou complètement stupide. Au choix.

"Il n'y a qu'un problème philosophique vraiment sérieux : c'est le suicide", disait Camus. Alex Cox lui répond en opposant le meurtre accidentel et burlesque. Ici, on ne meurt pas pour des idées, on meurt parce qu'on a renversé une tasse de café.

La mise en scène d'Alex Cox est une parodie clinique du western spaghetti, elle-même déconstruction d'un genre déjà cynique.

Les héros n'ont aucune trajectoire morale. Ils n'attendent rien, si ce n'est la fin du film.

C'est de la phénoménologie pure : les objets (une voiture qui fume, un pistolet doré) ont plus de présence psychologique que les cerveaux des protagonistes.

En fin de compte, Straight to Hell est le chef-d'œuvre caché du nihilisme des années 80.

Une farce tragique où l'ironie sert de bouclier contre le vide.

On y apprend une grande leçon de sagesse : si la vie n'a aucun sens, autant la filmer avec une bande-son punk et une mauvaise foi absolue. Aristote aurait détesté, Kant aurait exigé un remboursement, mais nous, chez Ciné-Sophia, on remet une pièce dans le juke-box et on chante avec les Pogues : Dirty Old Town.


Cine-Sophia
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