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Sur un tandem, quand l'un tombe, les deux se cassent la gueule

Avis sur Tandem

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Feu Jean Rochefort apparaît malgré lui comme le principal point d'intérêt de cet objet “bizarre”, pour reprendre l'adjectif de P. Leconte venu présenter lui-même à l'occasion d'un hommage à l'un de ses acteurs fétiches son long-métrage de 1987. En effet, on voit mal le film tenir le coup sans l'énorme prestation de ce colosse du cinéma français récemment disparu, sans “son extravagance, sa folie, sa justesse de jeu”. Non pas que Tandem ne tienne pas la route – au contraire – mais le scénario ne pouvait desservir que ce monstre de Rochefort.

Tandem n'existe donc que grâce à Rochefort, mais cela ne lui enlève aucune qualité, car il faut reconnaître la qualité d'écriture de Leconte qui a su dessiner un costume à la mesure de son acteur. S'il est indéniable que le protagoniste apporte sa touche personnelle, c'est-à-dire «sa fêlure», le réalisateur avoue avoir écrit toutes les scènes et dialogues «à la virgule près», gardant donc le contrôle et l'autorité de son film. Tandem, c'est donc plus que l'histoire du couple Rochefort/Jugnot (qui est loin d'être mauvais pourtant, mais qui ne vit que dans l'ombre de son mentor), celle du couple Rochefort/Leconte, le premier desservant le second et vice-versa.

Outre le portrait psychologique finement brossé, se superposant à merveille à l'acteur, le masque et le visage se confondant donc, Leconte, plus libre d'action après le succès des Spécialistes, réalise un film plus intime dans lequel il parvient à créer une ambiance particulière, fruit d'un sentiment d'étrangeté (la scène du chien rouge, du vélo sur le pont ou du repas avec Jean-Claude Dreyfus), d'un décalage gravement drôle (on rit où l'on devrait pleurer et vice-versa) et et d'une suave mélancolie (en plus de la musique de Cocciante, mentionnons les paysages de provinces, ou plutôt ses nationales douloureusement impersonnelles et fantomatiques ou encore les chambres d'hôtels fades et sans âme). Sans en faire trop, il ose dans la mise en scène pour son premier film où il cadre lui-même, comme dans les scènes magnifiques des oiseaux dans la décharge, du dîner où les rôles s'inversent et où le présentateur devient candidat, du pique-nique avec ces beaufs de bord d'autoroute ou de la fête avec les jumelles.

Justement nominé aux Césars, il en repartira (presque) bredouille, après avoir subi une véritable «branlée» (commentaire de Rochefort à Leconte à la sortie de la cérémonie) à cause du non moins très bon Au revoir les enfants. Dommage, car même s'il a beaucoup vieilli, Tandem n'en demeure pas un film digne d'intérêt, l'un des meilleurs de Rochefort.

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