Catharsys voyeuriste

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Projet bancal et radical, qui vaut d'être essayé pour le choc qu'il a tendance à susciter par l'alliance détonante de sa forme et de son fond. Il s'agit d'un film autobiographique constitué de multiples bouts de documents, de parties de films amateurs ou d'enfance, de photos aussi, et d'expérimentation visuelles qui se rattachent au cinéma expérimental ou underground (le côté dégueulasse de la qualité d'image va avec). Il est tourné comme un récit punk qui commence par le pire, à savoir la descente aux enfers d'une mère (Renée Caouette) qui sombre dans diverses pathologies psychiatriques suite à une thérapie aux électrochoc, et de son fils Jonathan Caouette, récupéré par les services sociaux et placé dans différentes familles, où il subira plusieurs sévices corporels, avant de finalement retrouver ses grands parents alors que sa mère est toujours en HP. Commence alors son processus de créativité artistique, dans laquelle il se fantasme en pleins de personnages différents puisqu'on ressent assez intensément le dégoût de sa condition. C'est d'ailleurs ce qui est particulièrement gênant avec ce film, il s'agit bien d'un portrait réel, d'une personne connue. Cette création nous livre donc un bout de la vie de Jonathan Caouette dans toute sa crudité. Si certains passages apportent un peu de douceur au trivial de l'ensemble, il y a une gêne réelle à se sentir spectateur de la tragédie d'un individu, qui ne nous épargne rien de ses tourments (il se filme en pleine crise de larme suite à une nouvelle hospitalisation de sa mère, il se filme à 11 ans jouant une femme battue...). La sincérité de Caouette tue la pudeur, et la vie n'ayant pas vraiment d'autres buts que ceux qu'on lui donne, le film donne un peu cette impression de ne pas savoir où aller, jusqu'à ce qu'il se recentre sur la reconstruction d'une relation familiale.

On serait proche du fiasco Les garçons et Guillaume à table, si cette sincérité n'aurait pas été présente. Car avec elle, les portraits et les émotions ont tout de même un impact. La thérapie filmique de Jonathan Caouette a au moins une saveur, doublée d'un style brut qui redonne du souffle au genre du biopic, rarement exploré sous cet angle. Toutefois, je ne sais pas si Caouette aurait dû l'assumer comme un biopic, rendant le spectateur témoin involontaire et impuissant de sa triste existence (sans parler de l'image qu'on pourrait retenir de lui en se basant sur ce seul document). Cette volonté de se livrer vient peut être d'un ego comparable au canadien Xavier Dolan, mais Caouette semble avoir débarrassé son style de toute prétention. Cela aboutit à un film intéressant, dont la radicalité de la démarche a de quoi susciter un débat.

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