Dissection mentale qui fait mal

Avis sur Tarnation

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Asséchant le coeur de son auditoire, au fur et à mesure de sa plongée dans un passé chaotique qu'il cherche lui même à appréhender, Jonathan Caouette se livre avec Tarnation sans aucun détour. Pour le meilleur et pour le pire, il rassemble, au sein d'un même film, des séquences tournées aux moments clés de sa vie, pour livrer son témoignage, sorte de thérapie personnelle par l'image qui ne fait aucune concession. De son enfance troublée, à sa vie d'adulte tourmenté, à travers la vie et l'histoire de sa mère, il choisit de partager le maximum, quitte à parfois frôler l'impudeur avec insolence.

Car sa confidence sans retenue peut parfois mettre mal à l'aise. Se faire inviter dans l'intimité de cette famille en proie au trouble donne le sentiment d'être un peu de trop, d’être le témoin d'images qui ne nous sont pas destinées. Que ce film de famille, où de rares moments d'allégresses côtoient de cruelles confrontations, semble s'être égaré. Mais si l'on se pose ces questions pendant toute la première moitié de Tarnation, qui repose un peu trop sur des images d'archive fixes simplement accompagnées de texte, rapidement on se rend compte que Jonathan Caouette va au delà du simple film mémoire. C'est une réelle opération à coeur ouvert qui commence alors, une introspection douloureuse qu’il cherche à construire.

Le sentiment que toutes ces images ont été tournées par un oeil apeuré, qui se cachait derrière l'objectif pour se sentir en sécurité, se fait alors très vif. On comprend que le jeune cinéaste s'est constitué un refuge dans les bobines dont il nourrissait sa caméra. "La vie est un rêve qui ne s'arrête jamais", le message est clair, et le témoin vidéo de son adolescence, monté dans le chaos, exacerbé par des effets visuels intarissables, le martèle à l'écran sans ménagement.

Et puis, avec le temps qui s'écoule, Tarnation change d'intonation. Moins énervé, plus posé, il mute progressivement d'outil de confidence par la provocation en une arme redoutable, destinée à faire parler les autres. La voix se tempère, toujours aussi agressive parce qu'elle pose les questions sans détour, mais aussi plus calme et subtile. Jonathan Caouette, à la fin de cet éprouvant parcours, comprend qu'il est parvenu à une certaine stabilité, même s'il souffre toujours autant de l'image que lui renvoie cette mère, qu'il aime par dessus tout, mais dont il redoute l'effet miroir sur son esprit fragile.

C'est assez logiquement que Tarnation se conclut sur une jolie image : mère et fils, paisibles, trouvent le sommeil. Une accalmie que l'on devine passagère, mais qui témoigne d'un équilibre certain, même si instable. Jonathan Caouette finit son introspection avec un optimisme nécessaire sans toutefois se mentir : l'ombre imprévisible de sa mère est toujours présente. Ombre qu'il remettra en lumière 8 ans plus tard, dans le plus mature et toujours aussi touchant, Walk Away Renée.

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