Eastern Promises

Avis sur The Homesman

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The Homesman, le deuxième long métrage de l'acteur-réalisateur et scénariste Tommy Lee Jones, n'est pas à proprement parler un western. Il en emprunte à peu près tous les codes classiques, des paysages à l'époque en passant par les personnages ou les situations-types, mais il en inverse la trajectoire. Car il s'agit pour les deux personnages principaux de ce film, admirablement interprétés par Hilary Swank (exceptionnelle) et Jones lui-même, d'un retour vers un Est prometteur. Là les attendent le calme, la sécurité et de nouveaux foyers d'accueil pour leur étrange cargaison, trois femmes frappées par la folie.

D'une mise en scène très élégante et classique, un brin modernisée par quelques plans d'inspiration plus contemporaine, ce joli film, très pictural et émouvant, déroute toutefois quelque peu. La première heure est pratiquement irréprochable. Un générique somptueux où des ciels inouïs et paisibles défilent tels des toiles de maîtres - on pense un peu à Turner dans un registre différent, beaucoup plus à Charles Russell ou Henry Farny, dont les peinture ont beaucoup inspiré John Ford - puis une situation relativement conventionnelle de western débute. Climat difficile, vie solitaire et rude, effets de surcadrages où les ouvertures des habitations débouchent sur des immensités désertiques. Le meilleur du film outre la joliesse de sa mise en scène demeure alors l'intensité et l'originalité de son sujet - tiré d'un roman. Les séquences elliptiques et assez énigmatiques, proprement effrayantes ou insoutenables parfois, illustrant les origines et conséquences de la folie de ces trois femmes sont saisissantes. Le cinéaste compose des tableaux vivants d'une force poignante qui viennent fendre la fausse monotonie de son récit. On se prépare alors à un film très, très fort.

Et pourtant, quand le cortège se met en route, on déchante en partie. Le personnage ronchon campé par le cinéaste semble être en grande partie là pour briser le sérieux et la dureté du propos par des interventions comiques assez peu digestes, et le film n'est jamais aussi bon que quand il se concentre sur ses personnages féminins et sur la folie que l'on commence à deviner chez son héroïne, trop pieuse et trop forte pour être sans failles. Mise à part cette faiblesse d'écriture qui oriente un peu trop le récit sur des routes balisées - le confort que nous promettait cet Est perdu ! - on suit avec plaisir les pérégrinations de nos cinq comparses et les obstacles attendus de leurs parcours : Indiens, fugue, menace du viol, faim, errance. Ces jalons sont pour la plupart très bien exécutés et amenés, jusqu'à cet étonnant retournement de situation qui justifie alors un peu mieux la présence de l'hirsute déserteur aux côtés de notre brave femme. Malheureusement, la fin du périple gâte considérablement le plaisir que procure ce film en tombant dans une certains lourdeur et en ne parvenant pas à renouveler l'intérêt une fois que le suspense principal du film est résolu. Meryl Streep fait ce qu'elle peut dans des scènes dramatiquement très faiblardes et les ultimes images, si elles sont assez logiques au vu du film, déçoivent par le manque de maturité de la pirouette qui est exécutée devant nous.

En résumé, Tommy Lee Jones signe un (très) beau néo-western sur le plan technique, au rythme inégal et à la qualité décroissante. De très bons moments, un casting impeccable et un bel hommage au cinéma américain ne suffisent pas à gommer l'impression que le sujet initial méritait une œuvre beaucoup plus singulière et déroutante.

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