Critique de la raison Pub

Avis sur The Square

Avatar François Salvador
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J’essaye de voir un film par semaine depuis deux décennies et parfois, cela me joue des tours. Non pas que je me force à aller au cinéma mais il arrive que mon esprit soit attiré par une campagne de publicité réussie plutôt qu’une envie réelle. Cela tombe bien puisque c’est une des trop nombreuses problématiques du The Square. Au moment où je rentre dans la salle, je n’ai qu’une seule image en tête, celle d’un homme torse nu debout sur une table; c’est l’affiche visible partout dans les médias et dans les rues. Au début, sont présentés les acteurs dont je vais voir la performance: Claes Bang, Elizabeth Moss, Dominic West, Terry Notary. J’en connais la moitié, aussi, je pars confiant et avec l’idée de me laisser surprendre par les deux autres rôles principaux.

Une des premières rencontres avec Christian, le conservateur du musée d’art moderne, dont on suit le parcours est surprenante puisque c’est une interview qu’il donne à une journaliste américaine, jouée par Elizabeth Moss. Ah oui, j’ai oublié de préciser que ce film se passe en Suède, un pays qui est considéré comme tolérant. Du coup, la discussion tourne court et l’histoire continue rapidement. Dominic West apparaît à l’écran, aussi lors d’une interview où un élément extérieur vient déranger le bon déroulement. A ce stade, je me suis dit que je m’étais fourvoyé en espérant profiter de l’excellent jeu d’acteur de Dominic et d’Elizabeth. Je n’avais pas tort puisque cela sera une des seules apparitions de chacun en 2h20 de film.

J’ai tout de suite compris où voulait en venir le réalisateur suite au vol du porte-feuille et du portable de Christian par deux individus bien organisés. Opposer deux mondes qui ne se rencontrent jamais, cela s’est déjà vu depuis longtemps mais le sujet est toujours intéressant à traiter, à mon sens. Le problème ici c’est que les ficelles sont trop visibles et le propos peu appuyé. Le réalisateur Rüben Östlung ne sait pas sur quel pied danser (malgré la présence de Justice dans la BO) et cela se ressent trop souvent. Une des interrogations du film concerne la promotion de la nouvelle exposition « The Square » proposée par Christian. Une agence de jeunes publicitaires propose un clip très court qui choquerait le public et les médias pour assurer le buzz. Facile de comprendre la critique de la société moderne à travers cet exemple et le résultat est évidemment celui que l’on espérait. Cela crée donc un parallèle entre la vie paisible du protagoniste principal qui se trouve chamboulée suite au vol et les gens autour qui continuent de faire ce pour quoi ils sont payés. Si un individu tombe, le monde continue de tourner, voilà à peu près ce qui ressort du film de 2h.

En ce qui concerne la critique pure de l’art contemporain, avec notamment une installation dont on ne connait pas le nom mais qui se résume à une inscription sur un mur « You have nothing » et des tas de graviers à côté, elle est trop floue. Je me suis d’ailleurs demandé ce que pensait le réalisateur de ce monde rempli de riches contributeurs et d’artistes étonnants. Peu importe, je pense que la satire est trop fournie pour toucher là où ça fait mal. Et que dire de la scène de malaise ratée quand Christian demande à son assistant basané d’entrer dans un immeuble du quartier défavorisé de Stockholm. J’ai rarement vu un artiste rater autant sa mise en scène et pourtant c’est ce qui ressort du film. Pendant ces deux heures, la réalisation est parfaitement maîtrisée avec des plans audacieux, comme celui de l’escalier que l’on monte en même temps que les acteurs.

Certes ce n’est pas un film honteux et qui peut mériter d’être vu mais je trouve que le cynisme apparent fait défaut au propos. Puisque le racisme est dénoncé dans cette histoire, je me permets de préciser qu’une fois de plus, c’est un film réalisé par un homme blanc à propos d’une caste blanche que l’on oppose à des populations défavorisées que l’on suppose de couleur différente. Il en ressort qu’une bonne idée ne produit pas toujours un bon scénario, en voilà l’exemple parfait.

[...] Critique parue sur mon blog sansculturepasdefutur.wordpress.com

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