"Terreur sur la ville" ou "The Town That Dreaded Sundown" est un film d'horreur sorti en 1976, que l'on peut considérer comme l'un des pionniers du slasher. Sorti deux ans après "Black Christmas", le film est réalisé par Charles B. Pierce, un américain connu principalement pour son docu-fiction "The Legend of Boggy Creek", qui s'intéresse à la légende locale du Fouke Monster, le Bigfoot des marais de la frontière entre le Texas et l'Arkansas. Mais ici, il va se pencher sur un tout autre type de monstre.
Si le film ne possède pas la structure des grands noms du genre, comme "Halloween" ou "Vendredi 13", qui consiste à introduire un tueur masqué énigmatique qui va assassiner un à un des adolescents libidineux jusqu'à ce qu'il n'en reste qu'un, c'est d'abord parce qu'il est sorti avant les classiques qui ont instauré ces codes, donc avant même que le genre n'existe véritablement.
Mais surtout, la principale raison est que le film s'inspire d'une histoire vraie, celle du Phantom Killer, qui attaqua huit personnes et en tua cinq (surtout des adolescents) durant le printemps de 1946 à Texarkana, une ville à la frontière du Texas et de l'Arkansas. Et le fait que ce soit tiré de faits réels est étrangement assez rare pour un slasher.
De ce fait, la structure du film suit scrupuleusement l'histoire telle qu'elle s'est déroulée, en suivant les policiers qui ont enquêté sur l'affaire, ce qui exclut du film les protagonistes adolescents, ainsi que le développement de leurs relations et de leurs sentiments, comme on aurait l'habitude de le voir dans ce genre de film. De même, le tueur n'est montré en train d'agir que selon les faits que l'enquête a pu prouver dans la vraie vie.
L'histoire de ce film ainsi que le film lui-même ont d'ailleurs fortement impacté la population de la ville, à tel point qu'est née la tradition de projeter le film tous les ans lors d'Halloween, que "The Town That Dreaded Sundown" est devenu son véritable surnom, et bien entendu, que certains croient encore que le tueur erre toujours dans les alentours (si si, c'est écrit sur l'affiche).
Au niveau de la forme, le film s'inscrit dans la continuité de "The Legend of Boggy Creek", à savoir un docu-fiction qui se veut le plus proche possible de la réalité à travers ses reconstitutions, ce qui est probablement l'aspect le plus intéressant du film.
Mais il s'agit quand même avant tout d'une série B d'horreur à très petit budget, assez classique pour l'époque, qui comporte pas mal de longueurs dans une narration vide, une direction artistique digne d'un téléfilm, et se compose d'un bon nombre de scènes plutôt ridicules d'humour slapstick qui auraient davantage leur place chez "Benny Hill" ou dans "Shérif, fais-moi peur", ce qui est assez paradoxal pour un film qui se veut réaliste et terrifiant. Malgré tout, le film réussit quand même, par miracle, à conserver son intérêt tout au long de son déroulement, probablement grâce à son aspect "documentaire", justement.
Son intérêt principal réside évidemment dans l'influence qu'il a eue sur le genre du slasher, alors à ses balbutiements, et qui contribuera à son futur succès dans les années 1980, telle une archive historique que tout expert en la matière se doit de connaître. Il est d'ailleurs impossible de ne pas penser à l'apparence de Jason Voorhees dans le second "Vendredi 13" quand on voit le look du Phantom Killer.
Si le film présente peu d'intérêt pour ceux qui ne sont pas amateurs de séries B d'horreur, il constitue malgré tout un travail préparatoire nécessaire au visionnage de sa suite/remake sortie 38 ans plus tard, que je recommande car il est de bien meilleure qualité, et aussi, comme pour "The Legend of Boggy Creek", d'une véritable capsule temporelle et d'une pièce culturelle majeure pour les amateurs de folklore texan du XXème siècle.
(Ma critique du remake)